Jacques Wynants
JW : le thème, c’est quoi ?
…
JW : La perception des gens est souvent très négative,
hein.. Les gens disent : Verviers n’est plus comme avant, on donne à ça
toutes sortes de raisons, hein. Il y a les raisons économiques. On dit « y
a plus que des étrangers à Verviers ».
Moi : Oui, on accuse les autorités d’avoir laissé…
JW : Oui, d’avoir eu des avantages… Avez-vous vu
Monsieur D ?
Moi : Je suis allée aux conférences sur l’âge d’or de
Verviers…
JW : Il est intéressant, il aura bcp de choses à te
dire…
Moi : La guerre m’intéresse, mais il faut que je parte
« après la guerre » car en terme de thématique, ce serait trop long
JW : Ben la guerre, dans cette évolution, c’est un peu
comme une parenthèse. Toutes les activités habituelles sont bloquées. Il se
passe autre chose, il y a les allemands, il y a peu de travail, il y a le
rationnement, on est donc dans une situation tout à fait artificielle, très
différente de l’avant et de l’après guerre. Hein. Mais, on va dire que ça
marque quand même aussi le début du déclin. Mais le déclin était déjà commencé
beaucoup plus tôt. Le déclin commence déjà après la première guerre mondiale.
L’âge d’or de Verviers, c’est le 19ème. Donc dès qu’on arrive au 20ème,
on va se soutenir, mais … l’industrie de Verviers au 19ème, elle est
montée comme ça. (Geste de la main presque vertical) , et au 20 ème elle est
descendue mais deux fois plus lentement. … elle est descendue insensiblement au
20ème. Donc la chute n’est pas brutale, mais on la sent venir. Déjà
dans l’entre deux guerres, il y a de graves conflits, de graves problèmes de
chômage. Et après la seconde guerre mondiale, ben, il va y avoir une reprise,
puis alors il y a la guerre de Corée. 1950-1953, ça pour l’industrie textile,
c’est intéressant puisqu’on fabrique des uniformes, alors hein. Des chaussures,
des ceinturons, … et des choses comme ça, donc…
mais après la guerre de Corée, ben la descente est continue.
Moi : après cela, …
JW : Après ça, euh, on ne repartira jamais. Hein, ça va
être tout le temps des chutes supplémentaires, hein. Et les dernières usines,
machines textiles, hein, HDB, je ne sais plus quand elles ont disparu, mais
c’était 1980, quelque chose ainsi… ah c’était des usines qui comptaient des
centaines d’ouvriers. Les usines textiles chez Simonis, qui étaient plutôt dans
l’Est de Verviers.
Moi : les ouvriers étaient verviétois ?
JW : Les ouvriers ?, c’étaient des verviétois, les
habitants des communes des environs, et aussi des gens qui étaient venus
d’ailleurs et qui s’installaient à Verviers parce que il y avait du travail
hein. C’est surtout au 19ème siècle, ça hein. Verviers a attiré beaucoup
de gens de la campagne. Et ils vivaient très misérablement à la campagne, ils
croyaient qu’en venant travailler à l’usine, ils allaient avoir une meilleure
vie. De 1, ce n’était pas nécessairement vrai, et Verviers c’est un trou, hein,
il n’y a pas beaucoup de place, donc on vivait mal.
Moi : Les gens sont attirés par la ville…
JW : Oui, ils croient toujours que ce sera mieux à la
ville. Il y avait trop de gens sur peu d’espace, donc … et si un homme gagne
100, une femme gagne 50 et un enfant 25, hein. Alors qu’est-ce qu’on faisait,
on faisait travailler toute la famille. Et en plus, l’école n’était pas
obligatoire. L’école n’est devenue obligatoire qu’ à la guerre de 1914. Avant
ça, non.
Moi : Après la guerre de Corée …
JW : Donc une fois qu’il n’y a plus d’industries, ben
les magasins ne fonctionnent plus bien non plus ! et comme en +, Verviers
c’était plein de vieilles usines etc. , c’est pas tellement beau, donc ça
n’attire pas ! hein.
Moi : c’est vrai qu’on en voit encore. Monsieur
B disait que les riches propriétaires d’usines sont partis parce qu’on
faisait trop de social etc. que les lois …
JW : une série d’industriels sont partis, en se disant
que c’est moins cher ailleurs. Oui ils partaient d’abord en Flandre, où c’était
moins cher, où il y avait moins de luttes syndicales.hein. A Diest par exemple.
Oui, certains sont partis pour ça, il y avait une grande concurrence.
Moi : il y a un libéral qui disait que à Verviers, les
luttes sociales ont fait fuir les investisseurs.
JW : Oui, mais ça, c’était pareil pour toute la
Belgique, … mais seulement, à Verviers, il y avait une forte syndicalisation,
hein. Très forte. Contraintes supplémentaires sur les patrons.
Moi : sur les trams…
JW : Verviers a toujours eu des voies de communication
importantes, le dernier tram, c’était 1969. Henrard a écrit sur les trams.
Avant, les trains internationaux passaient à Verviers. Moi quand j’étais
étudiant, je prenais le train à 15h à Liège, à 15h20 j’étais à Verviers.
C’était un international qui allait à Moscou. Il y a une dizaine d’années, je
prenais le train pour aller voir ma fille d’ici à Berlin ! ce n’est plus
possible aujourd’hui. C’est le déclin aussi, ça d’une certaine manière hein.
Les banques aussi, il y avait un bureau de la banque
nationale. Qui n’existe plus. Parce que Verviers était important au point de
vue financier. C’est au coin de la rue des Martyrs. Il avait des banques
locales, crées par les verviétois. La banque Drèze, par exemple était célèbre.
Moi : l’ouverture des frontières, en Europe.
JW : Oui, comme partout, il y a eu un plus grand
brassage de population. Mais cela se faisait surtout vers là où il avait une
plus grande attraction.
…
Je crois que c’est la confrontation des musulmans avec le
monde européen qui va poser des problèmes – c’est le problème du musulman qui
se dit mais comment je vais me situer , moi ! et probablement que dans
deux à trois générations, les choses se seront arrangées toutes seules …
Naturellement , on accuse toujours l’étranger, celui qui
vient prendre le travail aux belges et évidemment il n’y en a pas, maais ça ,
il faut le temps, hein , moi je me rappelle ,j’ai eu des petits camarades à
l’école qui étaient des italiens , au début, on les appelait les macaronis,
hein
Puis dix ans après c’était fini, mais alors ils étaient
complètement assimilés , les espagnols, les grecs, mes voisins, ici ,sont grecs
, la dame est arrivée très jeune, ils sont totalement assimilés. On ne voit
plus de différences, mais il faut attendre une ou deux générations. Les
musulmans, le problème, c’est que leur culture est beaucoup plus différente que
nous- un belge et un italien, un belge et un espagnol , il y a quand même beaucoup de choses en commun,
tandis qu’ici on est confronté à un monde de différences, donc c’est plus dur.
C’est plus récent, c’est plus différend de nous, donc il faut essayer.
Le problème c’est qu’il y en a toujours de nouveaux,
aujourd’hui c’est les tchetchenes, et puis c’est les roumains, et oui hein, …
Bien entendu, il faudrait trouver un échantillon de
personnes très différentes les unes des autres et les questionner sur comment
est-ce que vous avez ressenti l’évolution de Verviers ces 50 dernières
années… ? il faudrait trouver des femmes qui travaillent et des femmes qui
ont choisi d’être ménagères, simplement. Elles ont certainement des perceptions
différentes.
Le commerçant de la rue de Hodimont, à la botte rouge, je
suis allé acheter des souliers et j’ai parlé un bon moment avec lui, notamment
de son voisinage etc. mais il s’entend très bien avec ses voisins, il n’y a
aucun problème hein, mais je crois qu’il est intéressant.
La rue a très fort changé, c’était déjà commerçant, la rue
Spintay aussi, plein de commerces partout , avec le magasin qui se trouve
maitnenant rue du brou, un magasin d’audiovisuel, la rue spintay est une rue où
il y avait plusieurs chausseurs, il y avait un boucher , il y avait un marchand
de tentures etc. de chapeaux, il y avait une pharmacie, aussi, c’était des rues
très commerçantes. Il ne faut pas oublier que rue Spintay, c’était le point de
passage obligé entre Verviers et Hodimont.
Donc le seul pont qui existait était le pont des récollets.
Donc si on voulait aller de Hodimont à Verviers on passait par la rue Spintay.
C’était une rue de grand passage.
Verviers est une ville qui a connu son apogée, son maximum,
vers les années 1890, à ce moment, elle compte 56000 hab. Attention : le
petit Verviers, c’est-à-dire sans Ensival, sans Heusy , sans Stembert , … etc.
le centre , la petite ville, qui fait 56000 habitants.
À ce moment là, c’est la deuxième place financière de
Belgique. Ca veut dire , beaucoup d’argent. C’est pour ça qu’il y avait une
succursale de la banque Nationale. Donc ça c’est le maximum, dans les années
1890. Et puis après, tout commence à partir tout doucement. Je vous dit, ça
monte très vite, mais ça descend deux fois plus lentement.
La fusion des communes a permis à Verviers de remonter au
point de vue population. Parce que cette ville de Verviers qui faisait 56000
hab.dans les années 1890, mais juste avant la fusion, elle faisait 35000 . De
toute façon, la fusion des communes , c’est stupide, parce que on a fait une
petite fusion, on aurait du englober Dison, c’est pour des raisons politiques,
qu’on ne l’a pas fait, ils voulaient garder le pouvoir.
Dison et Andrimont auraient du rejoindre Verviers. Si on
prend la région immédiate de Verviers, c’est 80 000 hab, vous ajoutez
Pepinster, Dolhain, une partie de Jalhay, vous allez avoir un truc de 80 à 100
000 hab. Jalhay, les habitants veulent rester là parce qu’ils ont moins de
taxes.
On perd au niveau économique, …
Il y a 48 ans que j’habite ici, avant, j’habitais au-dessus
de la rue Renier, vers Andrimont, j’habitais là au-dessus.
Ma cousine. Son père c’est le frère de mon père. Elle est
peut être née près de Nivelles, a habité à Huy. Elles sont trois, c’est elle la
plus jeune.
Elle donne cours de quoi ? sociologie ?
Moi j’ai donné cours à l ISCO à Verviers, dans les années
70. J’ai été enseignant avant d’être directeur. En Français – Histoire.
Les ouvrages que j’ai écrit, ils sont a la bibliothèque
communale, je les ai donnés.
Mon père a écrit un livre sur l’histoire sociale. Il a le
même prénom et le même nom que moi. « Ainsi naquit une industrie »,
histoire sociale.
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