mardi 21 juillet 2015

Rencontre avecJW

Jacques Wynants
JW : le thème, c’est quoi ?
…
JW : La perception des gens est souvent très négative, hein.. Les gens disent : Verviers n’est plus comme avant, on donne à ça toutes sortes de raisons, hein. Il y a les raisons économiques. On dit « y a plus que des étrangers à Verviers ».
Moi : Oui, on accuse les autorités d’avoir laissé…
JW : Oui, d’avoir eu des avantages… Avez-vous vu Monsieur D ?
Moi : Je suis allée aux conférences sur l’âge d’or de Verviers…
JW : Il est intéressant, il aura bcp de choses à te dire…
Moi : La guerre m’intéresse, mais il faut que je parte « après la guerre » car en terme de thématique, ce serait trop long
JW : Ben la guerre, dans cette évolution, c’est un peu comme une parenthèse. Toutes les activités habituelles sont bloquées. Il se passe autre chose, il y a les allemands, il y a peu de travail, il y a le rationnement, on est donc dans une situation tout à fait artificielle, très différente de l’avant et de l’après guerre. Hein. Mais, on va dire que ça marque quand même aussi le début du déclin. Mais le déclin était déjà commencé beaucoup plus tôt. Le déclin commence déjà après la première guerre mondiale. L’âge d’or de Verviers, c’est le 19ème. Donc dès qu’on arrive au 20ème, on va se soutenir, mais … l’industrie de Verviers au 19ème, elle est montée comme ça. (Geste de la main presque vertical) , et au 20 ème elle est descendue mais deux fois plus lentement. … elle est descendue insensiblement au 20ème. Donc la chute n’est pas brutale, mais on la sent venir. Déjà dans l’entre deux guerres, il y a de graves conflits, de graves problèmes de chômage. Et après la seconde guerre mondiale, ben, il va y avoir une reprise, puis alors il y a la guerre de Corée. 1950-1953, ça pour l’industrie textile, c’est intéressant puisqu’on fabrique des uniformes, alors hein. Des chaussures, des ceinturons, … et des choses comme ça, donc…  mais après la guerre de Corée, ben la descente est continue.
Moi : après cela, …
JW : Après ça, euh, on ne repartira jamais. Hein, ça va être tout le temps des chutes supplémentaires, hein. Et les dernières usines, machines textiles, hein, HDB, je ne sais plus quand elles ont disparu, mais c’était 1980, quelque chose ainsi… ah c’était des usines qui comptaient des centaines d’ouvriers. Les usines textiles chez Simonis, qui étaient plutôt dans l’Est de Verviers.
Moi : les ouvriers étaient verviétois ?
JW : Les ouvriers ?, c’étaient des verviétois, les habitants des communes des environs, et aussi des gens qui étaient venus d’ailleurs et qui s’installaient à Verviers parce que il y avait du travail hein. C’est surtout au 19ème siècle, ça hein. Verviers a attiré beaucoup de gens de la campagne. Et ils vivaient très misérablement à la campagne, ils croyaient qu’en venant travailler à l’usine, ils allaient avoir une meilleure vie. De 1, ce n’était pas nécessairement vrai, et Verviers c’est un trou, hein, il n’y a pas beaucoup de place, donc on vivait mal.
Moi : Les gens sont attirés par la ville…
JW : Oui, ils croient toujours que ce sera mieux à la ville. Il y avait trop de gens sur peu d’espace, donc … et si un homme gagne 100, une femme gagne 50 et un enfant 25, hein. Alors qu’est-ce qu’on faisait, on faisait travailler toute la famille. Et en plus, l’école n’était pas obligatoire. L’école n’est devenue obligatoire qu’ à la guerre de 1914. Avant ça, non.
Moi : Après la guerre de Corée …
JW : Donc une fois qu’il n’y a plus d’industries, ben les magasins ne fonctionnent plus bien non plus ! et comme en +, Verviers c’était plein de vieilles usines etc. , c’est pas tellement beau, donc ça n’attire pas ! hein.
Moi : c’est vrai qu’on en voit encore. Monsieur B disait que les riches propriétaires d’usines sont partis parce qu’on faisait trop de social etc. que les lois …
JW : une série d’industriels sont partis, en se disant que c’est moins cher ailleurs. Oui ils partaient d’abord en Flandre, où c’était moins cher, où il y avait moins de luttes syndicales.hein. A Diest par exemple. Oui, certains sont partis pour ça, il y avait une grande concurrence.
Moi : il y a un libéral qui disait que à Verviers, les luttes sociales ont fait fuir les investisseurs.
JW : Oui, mais ça, c’était pareil pour toute la Belgique, … mais seulement, à Verviers, il y avait une forte syndicalisation, hein. Très forte. Contraintes supplémentaires sur les patrons.
Moi : sur les trams…
JW : Verviers a toujours eu des voies de communication importantes, le dernier tram, c’était 1969. Henrard a écrit sur les trams. Avant, les trains internationaux passaient à Verviers. Moi quand j’étais étudiant, je prenais le train à 15h à Liège, à 15h20 j’étais à Verviers. C’était un international qui allait à Moscou. Il y a une dizaine d’années, je prenais le train pour aller voir ma fille d’ici à Berlin ! ce n’est plus possible aujourd’hui. C’est le déclin aussi, ça d’une certaine manière hein.
Les banques aussi, il y avait un bureau de la banque nationale. Qui n’existe plus. Parce que Verviers était important au point de vue financier. C’est au coin de la rue des Martyrs. Il avait des banques locales, crées par les verviétois. La banque Drèze, par exemple était célèbre.
Moi : l’ouverture des frontières, en Europe.
JW : Oui, comme partout, il y a eu un plus grand brassage de population. Mais cela se faisait surtout vers là où il avait une plus grande attraction.

…
Je crois que c’est la confrontation des musulmans avec le monde européen qui va poser des problèmes – c’est le problème du musulman qui se dit mais comment je vais me situer , moi ! et probablement que dans deux à trois générations, les choses se seront arrangées toutes  seules …
Naturellement , on accuse toujours l’étranger, celui qui vient prendre le travail aux belges et évidemment il n’y en a pas, maais ça , il faut le temps, hein , moi je me rappelle ,j’ai eu des petits camarades à l’école qui étaient des italiens , au début, on les appelait les macaronis, hein
Puis dix ans après c’était fini, mais alors ils étaient complètement assimilés , les espagnols, les grecs, mes voisins, ici ,sont grecs , la dame est arrivée très jeune, ils sont totalement assimilés. On ne voit plus de différences, mais il faut attendre une ou deux générations. Les musulmans, le problème, c’est que leur culture est beaucoup plus différente que nous- un belge et un italien, un belge et un espagnol , il  y a quand même beaucoup de choses en commun, tandis qu’ici on est confronté à un monde de différences, donc c’est plus dur. C’est plus récent, c’est plus différend de nous, donc il faut essayer.
Le problème c’est qu’il y en a toujours de nouveaux, aujourd’hui c’est les tchetchenes, et puis c’est les roumains, et oui hein, …
Bien entendu, il faudrait trouver un échantillon de personnes très différentes les unes des autres et les questionner sur comment est-ce que vous avez ressenti l’évolution de Verviers ces 50 dernières années… ? il faudrait trouver des femmes qui travaillent et des femmes qui ont choisi d’être ménagères, simplement. Elles ont certainement des perceptions différentes.
Le commerçant de la rue de Hodimont, à la botte rouge, je suis allé acheter des souliers et j’ai parlé un bon moment avec lui, notamment de son voisinage etc. mais il s’entend très bien avec ses voisins, il n’y a aucun problème hein, mais je crois qu’il est intéressant.
La rue a très fort changé, c’était déjà commerçant, la rue Spintay aussi, plein de commerces partout , avec le magasin qui se trouve maitnenant rue du brou, un magasin d’audiovisuel, la rue spintay est une rue où il y avait plusieurs chausseurs, il y avait un boucher , il y avait un marchand de tentures etc. de chapeaux, il y avait une pharmacie, aussi, c’était des rues très commerçantes. Il ne faut pas oublier que rue Spintay, c’était le point de passage obligé entre Verviers et Hodimont.
Donc le seul pont qui existait était le pont des récollets. Donc si on voulait aller de Hodimont à Verviers on passait par la rue Spintay. C’était une rue de grand passage.
Verviers est une ville qui a connu son apogée, son maximum, vers les années 1890, à ce moment, elle compte 56000 hab. Attention : le petit Verviers, c’est-à-dire sans Ensival, sans Heusy , sans Stembert , … etc. le centre , la petite ville, qui fait 56000 habitants.
À ce moment là, c’est la deuxième place financière de Belgique. Ca veut dire , beaucoup d’argent. C’est pour ça qu’il y avait une succursale de la banque Nationale. Donc ça c’est le maximum, dans les années 1890. Et puis après, tout commence à partir tout doucement. Je vous dit, ça monte très vite, mais ça descend deux fois plus lentement.
La fusion des communes a permis à Verviers de remonter au point de vue population. Parce que cette ville de Verviers qui faisait 56000 hab.dans les années 1890, mais juste avant la fusion, elle faisait 35000 . De toute façon, la fusion des communes , c’est stupide, parce que on a fait une petite fusion, on aurait du englober Dison, c’est pour des raisons politiques, qu’on ne l’a pas fait, ils voulaient garder le pouvoir. 
Dison et Andrimont auraient du rejoindre Verviers. Si on prend la région immédiate de Verviers, c’est 80 000 hab, vous ajoutez Pepinster, Dolhain, une partie de Jalhay, vous allez avoir un truc de 80 à 100 000 hab. Jalhay, les habitants veulent rester là parce qu’ils ont moins de taxes.
On perd au niveau économique, …
Il y a 48 ans que j’habite ici, avant, j’habitais au-dessus de la rue Renier, vers Andrimont, j’habitais là au-dessus.
Ma cousine. Son père c’est le frère de mon père. Elle est peut être née près de Nivelles, a habité à Huy. Elles sont trois, c’est elle la plus jeune.
Elle donne cours de quoi ? sociologie ?
Moi j’ai donné cours à l ISCO à Verviers, dans les années 70. J’ai été enseignant avant d’être directeur. En Français – Histoire.
Les ouvrages que j’ai écrit, ils sont a la bibliothèque communale, je les ai donnés.
Mon père a écrit un livre sur l’histoire sociale. Il a le même prénom et le même nom que moi. « Ainsi naquit une industrie », histoire sociale.

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