Jean Jacques Andrien, le
20 mai 2014 à 14h00 – café « Au vieux Bourg », ancien cinéma
verviétois, me fit – il remarquer…
J’ai souhaité lui demander une photo. Il était pressé. A 14h45, il
avait rendez-vous chez le coiffeur… pour une séance photo. Pour un journaliste,
probablement, qui l’interroge pour son film qui sort à Paris, d’où il revient
et où il retourne demain.
Nous avions
rendez-vous au premier étage du Vieux Bourg, c’est le lieu où il a donné déjà
plusieurs interviews. Finalement, je rentrai demander au garçon de café si je
pouvais monter. Monsieur Adrien était déjà assis là. Il a deviné que j’étais
moi.
Je l’avais
contacté par mail. Il me rappela. Lorsque je lui ai parlé de mon sujet, il m’a
d’abord dit qu’il réfléchirait pour savoir s’il pouvait « m’apporter
quelque chose ». Lorsque je lui ai dit le nom de mes promoteurs il a
répondu qu’il connaissait Madame Wynants : « vous êtes en de bonnes
mains », m’avait –il dit.
Il accepta de
me rencontrer suite à un envoi de mail plus long, expliquant l’objectif du
travail, et évoquant ces quelques citations de personnes
interviewées suivantes : «
On a l’impression de vivre dans une ville sans espoir » "Après la
guerre de Corée, la descente est continue".
Le jour de la
rencontre, il a dit quelque chose comme « Restons ici » (au
rez-de-chaussée), « C’est calme… ». Ce ne fut pas calme. Une discussion
virulente entre un garçon de café et son patron concernant un C4 est
enregistrée entre la huitième et la vingtième minute et trente-quatre secondes
de mon enregistreur SONY. Cela n’a pas paru déranger Monsieur Andrien.
Il avait le
même regard songeur, en regardant par la fenêtre du café, que dans la vidéo
Youtube où il évoquait le film « Le grand paysage d’Alexis Droven ».
Jean –Jacques
Andrien est né au numéro 10 de la rue du Manège. Il m’a montré du doigt, dans
le livre de Joseph MONAMI, cet
appartement d’une maison de « lainiers » où il a vu le jour.
« -Mon enquête sur Verviers a commencé
en 1986. Mon enquête intensive. Parce que l’enquête, elle a commencé avant, et
ce que plusieurs personnes m’ont décrit, c’est les grèves de 34, c’est resté
dans les mémoires, les grèves de 34. Donc dans l’histoire de Verviers, ça me
semble un moment important. La guerre de Corée, aussi, en 1951, ça aussi c’est
un point de repère. Bien sûr, la seconde guerre mondiale, mais la guerre de
Corée est un moment important parce que ça a créé une illusion ou un espoir que
la laine, ce n’était pas fini.
- Pourquoi ?
- Pour la production de tissus pour les
militaires, il y avait une intensivité de l’industrie, on appelait ça ici, à
Verviers, le boom de Corée, je me rappelle. Oui, oui, j’étais enfant, moi. Le
boom de Corée. Et alors un signe tout à fait tangible, en tout cas, enfant,
j’en percevais plusieurs, c’était l’odeur de chocolat dans toute la ville quand
on a mis le feu aux usines de chocolat. Il y avait des usines de chocolat. Et
des autres incendies d’usine. Ça c’étaient des signes tangibles d’une crise
grave.
- Pendant les mouvements sociaux ?
- Non, non, regardez dans le Journal
« Le Jour » hein, c’est une source d’information. Moi pour 34, je
lisais toujours d’ailleurs, les journaux qui relataient les grèves de 34. Je me
rappelle de l’incendie du Grand Bazar. Il faut que vous mettiez le doigt sur
les incendies d’usines. Ils sont l’expression d’une crise , d’un désespoir,
pour ça il faut bien comprendre la mentalité des familles lainières. Peltzer,
Zurstrassen, Simonis, … il y avait encore un signe que j’avais relevé, c’est
l’intensification de l’activité culturelle. Dans les années 50. C’est dans les
années 50 que les phénomènes liés au déclin de l’industrie textile se sont le
plus manifestés. Moi enfant, je collectionnais des bagues de cigares, et au
Manège, dans le quartier, il y avait beaucoup de lainiers. Il y avait des
bagues d’Australie, de Nouvelle Zeelande, de France, c’était vraiment un lieu
traversé par des origines de tous pays. Pour moi c’était formidable, les bagues
de cigares, je crois que j’avais la meilleure collection qui soit. À cause des
gens qui fumaient encore le cigare, je faisais mon tour, du carré entre la rue
du Manège, la rue Jardon, la rue du Brou et la rue de Bruxelles, non, la
rue …
- De la Concorde ?
- Oui, rue de la Concorde. Oui. J’avais des
cahiers et des cahiers. Et du jour au lendemain, je n’en trouvais plus. C’était
vraiment dans un espace très court. Il y avait un déplacement des centres
lainiers. Donc les bourses. Et parallèlement à tout ça les déplacements des
familles lainières. Verviers était spécialisé pour le lavage
carbonisage. À cause de l’eau de la Vesdre. Et c’est dans les années 50
que cette industrie de pointe s’est déplacée pour aller dans les pays
d’origine. D’ailleurs les australiens sont venue recruter à Verviers. Mais pour
cet aspect là des choses, c’est mieux de discuter avec les derniers lainiers
qui existent. C’est en tout cas eux qui vous le développeront le mieux. Donc il
y a beaucoup d’ouvriers spécialisés qui ont déménagé en Australie. Et quand
j’ai présenté mon film à Sydney, Australia, j’ai été accueilli à l’aéroport,
par un groupe de lainiers d’Australie mais qui parlaient l’anglais avec un
accent verviétois. C’étaient des descendants des Grandjean, des Simonis, en
tout cas des Grandjean,… ça je me rappelle. Qui avaient émigré en Australie. En
tout cas, pour l’industrie, pour le carbonisage, moi j’ai étudié, s’est déplacé
dans les pays d’origine. Et je me rappelle que le dialogue que nous avons écrit
dans le film Australia, à propos des causes du déclin, reprend mot à mot les
termes que m’avaient donnés les lainiers.
Dont « Liedjens , Georges Peltzer,
etc. Donc si vous avez le film
Australia, le dialogue de dispute entre les deux frères, le dialogue qui est là
est un dialogue qui a été écrit par les lainiers de Verviers. Ce sont les
termes utilisés par les lainiers. Et là, il doit y avoir les raisons
objectives. En un mot si je me souviens bien c’était : « L’australien,
donc Jérémy Irons qui dit « tu rêves, ce n’est plus ici que ça se fait,
c’est là-bas que ça se fait, et le jeune frère dit oui mais, parce que l’autre
dit « pourquoi transporter 50% de grasse, c’est plus lourd, etc. il vaut
mieux laver la laine, à l’origine. Alors
le jeune frère dit « oui, mais si c’est pour vendre la laine à
l’Allemagne, à l’Angleterre, aux pays européens, la distance entre la laine et
ses acheteurs est beaucoup plus courte et la qualité est plus adaptée pour les
pays européens. Et Jérémy dit comme ça : oui mais tu ne te rends pas
compte de la réalité de l’évolution économique mondiale, si l’Inde demande, si
la Chine demande, si ces pays émergent, tes clients, ils seront loin,
hein ! »
Donc le dialogue est très intéressant parce
qu’il avait été cité par les lainiers verviétois. Il y a 25 ans alors que cette
prise de conscience de l’émergence de l’Inde, de la Chine, du Brésil, est
relativement récente dans la conscience des citoyens, et là, paradoxalement…
alors qu’ils n’avaient pas vu la crise arriver.
Ils ne voulaient pas la voir.
Ca c’est aussi quelque chose de très
intéressant. C’est qu’ils savaient. Mais ils ne voulaient pas savoir. Et ça
c’est un mécanisme de défense très bien décrit par Mannoni, les mécanismes de
croyances. C’est le « je sais bien mais quand même » Le cinéma, je
sais très bien que c’est une histoire, mais quand même, j’y crois. Un enfant, à
un certain moment de sa vie, il sait très bien que St Nicolas n’existe plus
mais il y croit quand même à St Nicolas. Il y croit vraiment. Mais en même
temps, il sait.
On peut croire à des choses opposées.
Maintenant, aux élections, on sait très bien
qu’ils ne vont pas tenir les quatre cinquièmes de leurs paroles mais on va
quand même voter pour eux. Ça c’est Mannoni qui le développe.
- Avec un « y », Mannoni ?
- Non, M. A. N. O. N. I. : Un article qui s’appelle « Je sais bien, mais quand même »
Et moi, c’est un peu sur ce travail, que je
me suis appuyé pour Australia. Les personnages savaient tout en ne sachant pas.
Si vous avez la cassette d’Australia, toutes les paroles des deux frères, ce
sont des paroles des lainiers de Verviers.
- On ne le trouve plus à la médiathèque. Monsieur Boulanger va me le passer parce qu’on ne le trouve plus à la médiathèque.
- Oui, oui. Mais non, ça c’est très intéressant d’un point de vue anthropologique, je vais dire.
Par rapport aux héritiers, il y a diverses
attitdues. C’est très intéresant. Comment ont-ils vécu, ces gens-là, le déclin.
C’est un travail, …
Moi j’ai discuté avec Marie-Noëlle
Zurstrassen, donc avant Australia. C’est la petite fille d’Edouard Zurstrassen.
Donc. Quand je luis ai montré le scénario d’Australia, elle m’a dit « Jean
Jacques, je ne peux pas le faire ». Il faut interroge, ça. Il y a là
quelque chose, je ne sais pas si c’est un refoulement, … il y a là quelque
chose qui n’a pas été,… ou difficilement résolu par ces enfants-là. Ça il faut
interroger auprès des fils de lainiers, à Verviers, ou a Polleur, parce que
beaucoup sont à Polleur. Par exemple, il y a quelqu’un qui serait très
intéressant à interroger, c’est Birly Zurstrassen, le musicien. Je crois qu’il
est professeur au conservatoire à Bruxelles. Il vit à Polleur. Il faudrait voir
s’il accepte de parler parce que à cause de cette, comme Marie-Noëlle, …
peut-être qu’il dira « non, non, non… »
Marie Noëlle était quand même attachée,
parce que je lui ai passé les intervieuw de son père. Mais ça, on ne peut pas
généraliser, hein. Ce sont des attitudes… Marie – Noëlle ne revient plus du
tout à Verviers, euh, … elle est à Paris, elle a épousé un français. Donc il y
en a qui rejettent et il y en a qui … restent, mais comment vivent – ils à la
fois le passé, leur rapport à leurs parents, et comment vivent –ils le Verviers
d’aujourd’hui ?
Parce que la ville, elle s’est transformée.
Donc, euh… la ville s’est vraiment transformée. Je trouve qu’il y a eu des
erreurs, euh, il y a eu des erreurs graves.
- Au niveau architectural ?
À tous les niveaux, … la place Verte, ici,
c’est un massacre. Place Verte, ici, il y avait un très beau théâtre, un
cinéma. Vous avez certainement ici des photos du cinéma ici au Vieux Bourg,
parce que je crois que c’était une salle de cinéma. Il y avait là un superbe
kiosque et tous les dimanches matin, il y avait une fanfare qui venait jouer.
Donc il y avait du lien social. À Verviers, il y avait du lien. Et le grand
changement qu’il y a eu c’est la perte. La perte du lien. Alors ce qui me
fait plaisir, c’est quand on regarde par la fenêtre, il y a regarde, il y a des
turcs, il y a un certain nombre de marocains, euh…
Mais ça vous avez des études, certainement
sur la composition de la ville, ça c’est intéressant. Ça ce sont des turques,
je les reconnais à leur foulard. Mais je reconnais aussi les marocains, selon
leur foulard , selon s’ils sont de Oujda, du Rif, ou … de Casa. Mais beaucoup
viennent du Rif, ici.
- Tu viens de quelle ville ?
- Je suis originaire de Al Hoceima, dans le Nord.
- Ah oui, oui. Et ça, c’est nouveau, hein, le fait que les femmes marocaines, enfin les mamans, votre maman, sortent. Il y a peu, elles restaient chez elles. Ce qu’il faut interroger sociologiquement sur ce qu’est devenue la ville mais la bourgeoisie verviétoise, elle part dans les hauteurs, et ça ce n’est pas bien. Ça, c’est pas bien.
- Qu’est-ce qu’elle fuit ?
- Je ne sais pas, moi, il faudrait leur demander… mais je constate, je constate que la plupart des gens que je vois ici à travers la fenêtre, ce sont des gens de l’immigration. Mais il y a une … … il n’y a pas d’agressivité, il y a mais… alors si je vais dans le quartier près de St Antoine, là c’est différent.
Et il y a une transformation, parce que la
rue Spintay, et la rue de Hodimont, là c’étaient des lieux de passage. Entre
les pauvres et les riches. Et aujourd’hui ce sont des frontières. Ça c’est
vraiment dommage. Et la rue Spintay, c’est une des rues les plus agréables, les
plus accueillantes parce qu’elle faisait alors à ce moment-là, je me rappelle
il y avait beaucoup de commerces et les meilleurs. Il y avait la boucherie
Thibaut, je me rappelle, qui faisait un boudin blanc extraordinaire, il y avait
la boulangerie Kryns, c’étaient des commerces de qualité et comme ça
fonctionnait très bien ,cette rue faisait vraiment le pont entre la place du
Martyr et les quartiers pauvres. Maintenant, quand on va rue Spintay, c’est pas
possible. Ceux qui pensent , ceux réfléchissent sur l’urbanisme, ils feraient
bien de penser leurs travaux en fonction d’un lien social et du rôle que peut
jouer une ville. La Vesdre, on pourrait faire tellement de choses avec la
Vesdre. Et … il a été question de la recouvrir, et là je ne sais pas ce qu’il
va y avoir comme énormité. Avec toutes les conséquences qu’il va y avoir sur
les petits commerces et surtout le refoulement des immigrés. Les gens qui
habitent maintenant à rue Spintay, à bas prix, où vont-ils aller, ces gens
–là. Donc il faut penser aussi les
grands travaux urbanistiques en termes de réalités sociales. C’est, parce que là, il va y avoir des
problèmes. Quand on va expulser les habitants de la rue Spintay, où est-ce que
ces gens vont aller, pour trouver des loyers aussi faibles… ?
Donc il y a de belles choses à Verviers, et
il y a des choses qui ont été massacrées, mal pensées. Je suis un peu
prétentieux de dire tout ça, mais … c’est comme ça que moi je le vis.
- Dans les années 70… on parle parfois d’aménagements ratés …
Moi c’est bien simple. Quand j’ai écrit
« Le fils d’Amr est mort » en 75, j’ai filmé des parties de Verviers,
près de St Antoine, c’est bien simple, regardez le quartier. Rue David. Et le
personnage crie : « y a quelqu’un, y a quelqu’un, hé, y a
quelqu’un ? Eh, Eh !» c’était en 75. D’ailleurs, j’avais
proposé, parce que j’étais en partenariat avec ,c’était la société de
Rosselini, un réalisateur italien. Donc il soutenait des … ben voilà, des
marocaines, oui des femmes marocaines comme ça, ben il y a quelques années, on
en voyait très très peu, très très peu (regard par la fenêtre), il
soutenait des … vous êtes venue avec votre maman ?
- Je suis née en Flandre, ma maman est venue d’abord en Flandre, et vers l’âge de 4 ans, j’arrivai à Verviers. (1987)
- Oui, peu de mamans se promenaient dans les magasins etc. ça c’est un bon signe, c’est bien ça.
Oui, alors Rosselini. On était en partenariat,
il m’avait demandé de trouver un financement pour tourner dans une des usines
de la rue David. J’ai demandé pourquoi, parce qu’il m’a dit : c’est la
première usine qui a été construite sur le continent Européen avec la méthode
anglaise. C’était un monument historique. On l’a abbattu. On a rasé ça.
- La Vesdre, pourquoi y est-on attaché ?
- Ben l’histoire de Verviers est liée à la Vesdre, hein. Ça vous devez aborder ce fait d’une façon tout à fait scientifique et objective. Mettre en rapport la qualité de l’eau avec le lavage de la laine. Parce que l’eau vient des fagnes. Et ça il faut quelqu’un qui vous donne exactement les renseignements. Elle a exactement les qualités. Il reste Traitex.
- Qui utilise toujours l’eau de la Vesdre ?
- Oui, il faut demander à Léon Sagehomme, peut –être, mais je crois que Marc SImonis. Moi je les connaissais tous les deux. Je connaissais le père. Auguste Sagehomme. J’ai beaucoup d’interview avec le père. Décédé maintenant. Mais son fils, c’est lui qui a repris avec Marc.
Mais il reste un lavoir carbonisage à
Verviers qui est Traitex. Ça vous devez les questionner. C’est la trace , et
ils ont encore des chaînes de lavage carbonisage comme dans Australia
d’ailleurs.ils ont réactivé les machines pour le film.
C’est intéressant, et vous avez Houget, qui
fabriquaient des machines qui étaient exportées, non seulement il y avait un
savoir du traitement de la laine , mais il y avait aussi un savoir
technologique. Ca c’est intéressant même pour la Wallonie, parce qu’à Liège,
vous avez un savoir , par exemple ce sont les Liégeois qui ont construit le
Trans Sibérien, on ne sait pas ces dimensions mondiales de l’industrie de
Wallonie.
- Les écoles …
Je crois que les écoles d’ingénieur c’était
à Liège, ici il y avait une école pour la laine.
- Vous vous souvenez d’innondation à Verviers ?
Oui en 56, moi j’étais scout, j’ai
travaillé. On allait nettoyer. Il y avait encore des sols en terre battue à
Dison.
- C’est l’absence d’action, ou des démarches qui n’ont pas fonctionné ? … avec ce bourgmestre ?
- En tout cas, ce que j’ai constaté, c’est la perte du lien social qu’on aurait pu empêcher. A Bruxelles, par exemple, il y a la commune de St Gilles, où il n’y a pas eu perte… il y a eu accueil des immigrations. De façon très intelligente. Par Picqué, parce que c’est le travail de Picqué , il a réussi , ça c’est intéressant de voir. Et comme j’ai habité longtemps à St Gilles , j’ai vu la façon dont l’immigration a été accueillie, j’ai vu ici une détérioration du lien social. Alors qu’il y aurait pu y avoir euh… je n’aime pas le terme intégration, il y aurait pu y avoir dialogue entre les communautés.
- Et ce truc avec la Vesdre, c’est énorme, énorme… est-ce qu’ils vont mesurer les conséquences de ce qu’il va se passer ?
( JJ-Andrien regarde par la fenêtre) -Ce
sont des noirs de quels pays, ça ?
- Peut – être des maliens, ou des togolais, il y a quelques togolais à Verviers… je sais distinguer les congolais des Africains de l’Ouest mais pas chaque pays…
- J’ai enseigné au Burundi, mais je ne connais que le Burundi.
- Il y a beaucoup de nationalités subsahariennes…
- Vous avez d’autres questions ?
- J’aimerais voir si les photos ici vous évoquent des choses… par exemple, le fameux projet de viaduc,
- J’ai quitté Verviers à 21 ans, en 65.
- Définitivement ?
- Oui oui, je revenais parce que mon père était ici. J’ai fait mes études à l’Isas à Bruxelles, et quelqu’un qui connaît très bien Vervies, c’est Michel Bedeur, …
- Oui il m’a raconté, les files du Cinéma place du Martyr, les bistrots, l’ambiance, …
- Oui, oui , c’était un lieu prestigieux, Jacques Brel est venu ici, moi j’ai écouté Jacques Brel, au 31, vous aviez des opérettes de qualité, hein, le grand Théâtre est une construction formidable pour l’acoustique, ça il ne faudrait pas qu’on le démolisse aussi. Des bassins de natation aussi, … il y en avait beaucoup, il y en avait à Mangombroux, Ensival, derrière St Remacle,… pour bien voir la différence entre le Verviers d’hier et le Verviers d’aujourd’hui, il faut voir les lieux de culture, comme le cinéma, le bassin de natation, le centre ville, comment fonctionnait le centre ville,…
- Beaucoup parlent du Grand Bazar.
- Ah oui, pour les enfants, parlez du St Nicolas au Grand Bazar, ça, vous aurez plein de témoignages. C’était exceptionnel. C’était unique au monde. Unique. Il y avait des animaux exotiques dans des cages, avec des lumières fabuleuses, avec des lumières violettes, jaunes, … orange, il y avait des décorateurs , mais vraiment talentueux, c’était féérique, féérique. Et alors St Nicolas nous donnait des petites claquettes, des grenouilles, et au moment de la St Nicolas, on entendait dans toute la ville « Crr, crr », c’étaient les enfants qui allaient dire bonjour à St Nicolas. Mais tout ça, comment dirais-je, c’étaient des initiatives qui partaient des gens, soutenus par la ville et Verviers était une ville vivante. Avec tout son éventail culturel. Vous aviez à Verviers André Blavier, le dadaïsme, les temps mêlés, ça c’était très intéressant. Vous aviez des rencontres de pataphysiciens, international, hein, Perrec est venu à Verviers. Je crois que Queneau a légué son œuvre à Verviers, elle doit se trouver à la bibliothèque communale, l’œuvre de Queneau. Non, Verviers était, vous aviez tout le foyer des dessinateurs et des peintres… mon père était… il a eu comme élève Raymond Vacherot, « le recul et les rats noirs, c’est verviétois », vous avez maintenant, il y a Didier Gomez qui vient de décéder malheureusement, qui était un ouvrier de chez Houget et qui a fait l’un des plus beaux albums de bande dessinée qui soit qui est « Silence ». Vous avez René Hausman maintenant, qui vit toujours mais je ne sais pas s’il va vous recevoir, il est un peu…
- Je n’ai pas encore essayé de le rencontrer. Je vais essayer.
- Il faut essayer, c’est un grand ami René. Mais je sais qu’il est … il faut trouver les mots pour … mais lui, sur Verviers, vous aurez un témoignage fort. Lui, il n’a jamais quitté Verviers.
- Il reste dix minutes. Ah non, il est 37, …
- Il ne s’agit pas de nostalgie et de modernité, ce n’est pas ça. Il s’agit , quand une ville se développe, de faire un tri, faire un tri de ce qu’il faut conserver et ce qui répond à la demande actuelle. Mais il ne faut pas jeter à la poubelle tout ce qui est du passé parce que c’est du passé.
- Je suis né là. C’était une maison de lainier, au dernier étage, au numéro 10. Ah oui, c’est intéressant ça. C’est fou parce qu’on reconstruit à Bruxelles
- C’est comme le Forum Invest. Ils devront le détruire, dans 15 ou 20 ans, c’est fou.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire