samedi 7 janvier 2017

La tabki = Ne pleure pas ...

L'école, c'est le monde... en petit.

Ce sont des enfants, en fait, devant lesquels on se sent tout petit... qui nous racontent le monde, dans une classe d'une école verviétoise. Ils nous racontent que les œillères qu'on les choisisse ou non, elles sont inefficaces. Que la réalité est complexe.

A... est syrien, il est arrivé il y a peu. et A, c'est une autre petite syrienne... qui est arrivée aujourd'hui. Elle pleure. Tout le temps. Elle court, pendant une leçon, pendant une récré, et cherche la sortie. Crie qu'elle veut sa maman. Se jette à terre. 

Et A., qui est arrivé il y a un peu plus longtemps, il lui dit en lui tenant le bras "La tabki, ya A., la tabki..." qui signifie juste "Ne pleure pas, ..."







Verviers en 120 rappels, merci Mr Joris Merci Mr de la Traversée ...

Verviers en 120 rappels ...

C'est en quelques km en voiture puis au Mac Do du Crescendo que comme passagère silencieuse puis comme consommatrice inconsciente qui nourrit l'industrie du géant américain que j'ai entamé et achevé la lecture de ce petit ouvrage verviéto-verviétois... de Mr Joris. Ce grand homme et gentil auteur qui me cita dans sa préface, chatouillant mon égo par la même occasion, car ce n'est pas tous les jours...

120 rappels qui nous placent, verviétois, au centre du monde ou au centre de rien... en fait. Parce qu'on se dit que partout dans le monde, probablement, des étoiles naissent, restent ... ou fuient...
Sauf que c'est bon, quand même, de savoir qu'ici aussi, des génies nous entourent, qu'un jour ils auront de la renommée, et qu'on pourra dire, ... lui c'était mon voisin... mon élève...

Mr Joris, merci.
D'abord pour nous dire que dans notre ville, des étoiles naissent, des idées, des combats, des personnes de conviction naissent. Puis pour nous rappeler qu'on partage un espace commun, qu'on est dans le même bateau... que quelque part, les Mr Zurstrassen et les Madame Simonis peuvent partager les pages d'une même histoire dans laquelle se retrouvent 4400 membres d'un groupe créé par Mohamed Sennahe.





Du temps et démons...

Des mots et du temps...
Aujourd'hui, débat bizarre avec Monsieur.
Le temps.
Suite au film: " La beauté cachée..."
Film qui m'a fait chialer du début à la fin. Non stop.
On a du temps, puis nos démons...  ceux qui surgissent et qui nous rappellent que nous ne sommes pas éternels.
C est puissant. C'est fort.
Le film m'a mis une claque. Forte.
D'abord parce que quand on a une petite fille... et qu'on s'identifie sans le vouloir, parce que c'est horrible, une seule petite seconde aux parents de la fillette du film, on a le ventre qui se retourne, les tripes qui s'arrachent et on se dit qu'on a beau rire aujourd'hui, si un jour quelque chose nous l'enlevait "Dieu nous garde", on n'aurait plus la force de se lever le matin... plus aucune énergie quelle qu'elle soit ...
Bref, dans ce film, l'amour , la mort et le temps sont personnifiés et ils poursuivent ce gars, qui n'a plus le goût de vivre...
De la même façon que le héros du film, je ne sais toujours pas où se trouve "la beauté cachée"... dans ce drame, ou à côté de ce drame, ou ... bref. Elle doit exister. Probablement. Puisque finalement, les personnes qui vivent ce genre de drame ... vivent, rient, avancent. Elles sont des personnes remarquables.

mardi 21 juillet 2015

Rencontre avec Mr Bartholomi né en 45



Voir Freddy Joris.
Quels évènements importants ont eu lieu après la seconde guerre à Verviers ?
« il y a eu la question royale, en 50, les wallons ne voulaient plus le roi et les Flamands le voulaient ». il avait été trop proche de l’ennemi, et plutôt que de suivre le gouvernement à Londres, il était en exil. Il était soi- disant resté avec ses troupes mais ses troupes se sont rendues après huit jours… c’était la campagne des huit jours. Et quand les allemands ont du reculer après le débarquement, il a reculé avec les allemands. Et soi-disant, il a été enfermé dans une forteresse, en Allemagne…avec sa famille, et donc il était soi-disant renfermé. Parce qu’il y avait deux statuts : les prisonniers flamands ont été libérés tout de suite par les allemands et les prisonniers wallons sont restés en Allemagne un an ou deux en plus. Il était plus proche des flamands parce qu’il partageait leur approche politique. Et il y a eu le  vote : ça a été le seul référundum populaire organisé en Belgique, ça a été le premier référundum populaire en Belgique, cette question royale, pour ou contre le roi. Il y a eu une majorité en Flandre, pour garder le roi et une majorité contre en Wallonie et à Bruxelles aussi , mais moins forte. Mais comme les flamands sont plus nombreux, ça a dégénéré, il y a eu des échauffourées. A Verviers, il n’y a pas eu grand-chose, mais dans la région liégeoise, il y a eu des tués… dont un boxeur, par les forces de l’ordre. Et finalement, le roi a abdiqué au profit de son fils Baudoin, qui était à peine majeur. Et maintenant ce sont les flamands qui ne veulent plus le roi. Comme quoi, les opinions publiques changent au gré des évènements et de l’actualité, donc voilà. Ils verviétois allaient à des manifs à Liège… derrière le roi , il y avait toute la question royale…mais c’était Léopold 3 qui était visé, hein. Les deux premiers roi, c’étaient Léopold deux, Léopold premier…et alors il y a eu Albert, qui était le neveu de Léopold mais ce n’était pas son fils. Et Léopold 3 était donc le fils d’Albert premier. Donc son père avait été chevalier et avait été se battre à l’Ysère et compagnie. Et pendant la période que Baudoin n’était pas majeur, on lui a mis son oncle comme régent. Le prince Charles a été régent, puisque Léopold trois avait du abdiquer après ce qui se passait. Et c’est son frère qui était un joyeux drill, qui était régent et il avait son domaine, et c’était tout le long du littoral… (dunes protégées , fortifications dont la maison du régent )
Pour arriver aux grèves de 60, c’est que les conditions de travail n’étaient pas bonnes ?...
On n’était pas loin de la sortie de guerre, donc c’était le déut des sixties, donc on voulait à tout prix, … euh, on arrivait à la société de consommation, en 58, il y a eu l’exposition universelle, on faisait des autocars, et il n’y avait pas d’autoroutes, ça prenait la journée. J’y suis allée avec Sainte claire en sixième et en 1ère , de nouveau.
Mais sur Verviers il n’y avait rien de spécial, sinon que l’industrie commençait à montrer des signes de vieillissement, de difficultés économiques, … sinon, il n’y avait pas de catastrophes majeures comme aujourd’hui quand on parle des entreprises… pas de grandes fermetures, c’est beaucoup plus tard qu’on a vu arriver les fermetures… surtout dans le textile, bien entendu, puisque tout a été fermé jusqu’à aujourd’hui, il ne reste pratiquement plus rien. Tout ce qui reste, c’est l’usine qui fait des draps de billard , là : Simonis. Traitex, un qui traite la laine, vers Dolhain. Mais il n’y a plus les milliers de personnes qu’il y avait , c’est fini, il reste quelques centaines de personnes. Il reste autant de textile à Eupen qu’à Verviers.
Le début du déclin, il est du à quoi ?
Ca a été le début de l’internalisation, qui a commencé, mais surtout parce qu’on avait pas investi dans le domaine du textile. C’étaient des riches familles qui s’étaient crées avec le développement de l’industrie textile, qui n’avaient pas investi, des fortunes se sont accumulées , et ils ont quitté la région avec leur fortune. Et par exemple, à Verviers, il y avait des grandes banques qui étaient typiquement verviétoises, il y avait une banque populaire à Verviers qui était typiquement verviétoise. Il y avait la banque Drèze qui était à rue de Dison là , Drèze , ils avaient deux banques, deux sièges, un rue Xhavée, ou c’est Belfius, maintenant. Et c’étaient des banques de l’industrie lainière. La banque populaire, c’était la rue des Martyrs, et tout ça a été racheté maintenant par KBC. Il y avait de l’opulence, tous les beaux quartiers de Heusy … Heusy, c’était la bourgeoisie verviétoise, qui travaillait, c’étaient des gens de bureaux, des cadres, des directions, des ingénieurs, … et ces gens remontaient, on a eu le tram très tot à Verviers. Avant d’autres villes. C’était d’abord à traction chevaline, puis alors ça a été la traction électrique. Et le tram montait jusque Heusy, jusqu’au village de Heusy. Et il montait jusque Petit rechain, au terminus des tram, et puis on prenait la prise de courant, les cables, et ce n’était pas un volant, c’était une sorte de manivelle… et le type reprenait sa veste et allait de l’autre coté. Pepinster , c’était un autre terminus, et celui , je parlais de Traitex, il y avait un terminus de tram là aussi. On a même eu une ligne de tram qui allait jusque Spa. Quand j’étais tout petit, je crois que j’ai été une fois dessus. Mais il ne passait pas par la vallée, par la vallée, on avait le train comme aujourd’hui. Pepinster – Spa, qu’on avait voulu supprimer à un moment donné, et on a gardé … le tram s’est arreté peut – etre dans les années 60 … peut etre dans les années 50, je ne sais plus… tu trouveras un livre en librairie sur les trams. … ça parle de l’histoire de Verviers, aussi, donc… surtout qu’on avait pas des voitures comme aujourd’hui, donc on sautait du tram, il était en marche, on sautait, on montait, un peu comme à Paris, les bus dans lesquels on sautait à l’arrière, là , les vieux bus. Il y a la plateforme arrière, c’étaient des bus qui roulaient tranquillement, tu sautais dedans, tu redescendais, en principe c’était interdit mais tout le monde le faisait… c’était toléré. Et le tram c’était la même chose. Et puis t’avais une barre de fer pour ne pas tomber, c’était rustique , hein…
Et c’était pas chauffé, en plus, il n’y avait pas de foyer, rien… l’intérieur était fermé, tu n’avais pas de courant d’air mais…
Et puis y avait l’intervapeur. La rue avant l’IFAPME, il y avait l’abbatoir et l’intervapeur. Et toujours maintenant, il y a encore des canalisations… c’était le chauffage urbain. Ça permettait d’avoir du chauffage urbain dans toutes les usines lainières, et en même temps toutes les habitations. Et ça allait partout , dans ttes les rues jusque Dison. Donc on avait un chauffage urbain, bien avant les autres, c’était même avant la guerre de 14. C’était révolutionnaire.et il n’y avait qu’une cheminée, puis il y en a eu deux. Et la cheminée faisait 103 M. c’ était plus écologique que ce que nous avions ici au charbon. Mais c’est quand meme du gaz, pour brûler faut quand même du gaz. C’est quand même un peu moins polluant que le charbon ou le pétrole. Et dans les années 70, quand le gaz naturel est arrivé à Verviers, les hollandais ont trouvé du gaz naturel dans le nord est, il y a eu une négociation Benelux, puisqu’avant l’Europe, il y avait déjà le Benelux, Belgique, PB, Luxembourg, en vertu de ces accords, on a obtenu du gaz hollandais, et on a canalisé, alors, il y a des gazoduc ,toujours maintenant, qui viennent des PB, et donc Verviers, a bénéficié du gazoduc hollandais, et on a raccordé l’intervapeur au gaz, et le charbon, on a commencé à fermer toutes les mines. Le charbon belge ,n’était plus assez rentable, par rapport aux polonais,allemands etc.  les all. Ils en ont à meme le sol, ici , on creuse à 700 m, on a presque plus rien.
L’industrialisation à Verviers, c’est un peu tous ces phénomènes-là,  d’abord, dans les usines textiles, au début du siècle passé, et il y avait des palefreniers, il y avait des écuries il y avait des chevaux dans les usines. Il y’avait des chevaux qui passaient dans les allées de travail, et on chargeait, … dans les mines, il avait des chevaux qui n’avaient jamais vu le jour. Et dans les corps de métiers, il y avait des palefreniers, des réparateurs de chariot, et tous ces corps de métiers-là étaient dans le textile. Aujourd’hui, on externalise, on sous-traite, … à l’époque, dans les usines, ils avaient tous les corps de métiers intégrés. C’était une conception. Les bourgeois de l’époque, c’étaient des industriels,  ils ont fait leur fortune, sur leur industrie. Ils n’avaient pas nécessairement travaillé eux-mêmes, … ils exploitaient les gens, hein , mais c’était leur entreprise, et à cette époque, ils régnaient sur la région, ils avaient une grande influence sur le pouvoir communal, d’ailleurs c’était bien simple, tous les bourgmestres de Verviers à cette époque, c’étaient presque tous des anciens patrons de l’industrie textile. Mullendorf, Peltzer, c’étaient tous des anciens bourgeois, donc il y avait toujours un parc, de leur entreprise, ils avaient tous les corps de métiers, ils avaient leurs plantations…  leur moutons en Australie, leurs espaces, pour élever leurs moutons, … et le bateau leur ramenait la laine.
-J’ai rencontré un petit fils des de Biolley, à la conférence de Mr Desama.
C’était Biolley, puis il a été anobli par le roi. Il était sénateur, il a fait en sorte que le train vienne jusque Verviers, … et tout ça c’est fini.
Ca explique une grosse partie du déclin, c’est que les industriels sont partis, et on n’a pas remplacé … il y a eu les machines textiles, … qui avaient suivi le rythme économique, fatalement, … puisqu’il fallait des machines, pour tisser, filer, laver, … on a fait  toutes les les machines dans la région ici, et donc il y avait une grosse industrie de fabrication métallique,  dont j’ai été secrétaire du secteur pendant 35 ans, donc c’est un secteur que je connais bien, c’était typiquement verviétois aussi.
Ca n’a pas empêché le déclin, des années  plus tard, ça a complètement disparu. Ca explique un cycle économique… et puis il y avait aussi un facteur déterminant aussi, avec le lavage de la laine , avec un facteur d’acidité de l’eau de la rivière. Elle avait des vertus pour décaper la laine, la nettoyer… c’est comme ça qu’au long de la vesdre on trouve des plantes d’Australie, et les végétations ne répondent pas à la flore locale, et qui sont destructrices des autres plantes locales. On doit essayer d’éradiquer, d’arracher et il ne suffit pas d’arracher, il faut presque la brûler, sinon …
En gros voilà pour l’industrie textile donc c’est vraiment la laine, avant c’était le coton, on a fait aussi … de la soie. On dit souvent âge d’or mais c’était de l’exploitation. Avant guerre, même les enfants travaillaient et parfois il y a eu des accidents… et les enfants travaillaient pieds nus… la moyenne d’âge de survie des habitants, c’était 35 ans.
Sur Pierre Fluche, j ’ai vu la plaque aussi…
C’est nous qui l’avons fait placer, celle là, enfin , nous l’avons financée, … et je me suis arrangé avec Freddy pour le texte, … et il y a aussi place du Martyr, dans le sol, il y a une impasse, place du Martyr, ou il y a un glacier… et là j’ai fait mettre une plaque aussi, c’est pour la fin de la première internationale. Et Pierre Fluche y a participé… c’est un ouvrier qui s’est battu et qui est devenu échevin de la ville de Verviers. Et il a eu une alliance avec les libéraux était au parti ouvrier à l’époque. Le POB a été créé en 1885, et Pierre Fluche, il a chevauché les deux siècles. Et le POB existait déjà. Mais c’étaient des listes communales qui ne portaient pas nécessairement le nom des listes nationales. A cette époque là, c’étaient à Verviers, des libéraux de gauche, enfin des libéraux partisans du suffrage universel, parce que il y en a eu, et des socialistes  du POB qui n’étaient pas inscrits comme POB, c’étaient des alliances de personnes plutôt que des alliances de groupes parlementaires comme aujourd’hui. C’étaient des gens qui représentaient des courants d’opinions, Pierre Fluche était syndicaliste, et puis on ne le voulait plus parce qu’il a participé à des grèves… et il était interdit de séjour dans toutes les entreprises. Alors il s’est installé comme cabaretier pour gagner sa vie. Et comme ça, il a connu, tout le commerce local, il y avait beaucoup de bistrots à l’époque, et c’est comme ça qu’il a été le porte-parole des petits indépendants,…  et il était toujours de porte-parole des syndicalistes, mais il ne travaillait plus avec eux dans les usines… et en tant que tenancier de bistrot, il était plus proche de certains indépendants … dont la clientèle était aussi des ouvriers, donc … de ce fait,il avait les voix des indépendants aussi, et il était un peu proche de certains libéraux, c’était un genre d’alliance comme ça.
Les grèves de 60.
La loi unique, c’est un peu comme aujourd’hui , c’est l’austérité… on voulait s’en prendre aux allocations de chomage, comme aujourd’hui, la dégressivité, c’est exactement les mems programmes conservateurs pour réduire le pouvoir d’achat des gens, la sécurité sociale, qui existait déjà et qui était déjà développée en 60, le pacte social qui a développé la sécurité sociale, c’est en 44 et les allemands sont toujours là. L’accord a été passé dans la clandestinité… entre les résistants armés, les syndicalistes et certains patrons qui étaient résistants aussi. Donc ce sont des gens qui se connaissaient de la résistance, qui n’avaient pas collaboré avec l’ennemi, et qui avaient donc décidé qu’on allait faire un pacte social pour redemarrer sur un bon pied, pour la reconstruction, … et qu’on allait créer la sécurité sociale, comme il y avait déjà quelques embryons entre les deux guerres… y avait déjà des caisses de chomage, de pensions, de mutuelles, mais chaque région avait la sienne, mais ici c’était vraiment une planification pour tout le territoire, vraiment une structure fédérale pour toute la Belgique. Et ça ça s’est fait en 44, et la sécurité sociale, en 60-61, c’était déjà un rempart contre la pauvreté. Donc à partir du moment où le gouvernement heyskens avec sa loi unique s’emprenait aux allocations de chômage, maladie, etc, et en +, on avait bloqué des salaires, c’étaient vraiment des mesures d’austerité exactement comme aujourd’hui. Quand la droite est au pouvoir ce sont toujours les mêmes recettes… et puis ça a bougé d’une façon un peu imprévue… avec André Renard
On devrait avoir la meme démarche que lui aujourd’hui, de recherche d’une plateforme alternative, avec toutes ses composantes, d’autres partis, les syndicats, que sais-je les mouvements citoyens… il n’en est rien. Personne ne prend d’initiative, … comme Renard était déjà secrétaire national, il avait fait organiser en 54 et en 56, avec deux comités d’études, de la FGTB, donc, pour préparer les deux convois de 54 et 56, pour mettre au point un programme socialiste alternatif, au niveau économique. Et c’était déjà la nationalisation de l’énergie, les chemins de fer, les banques, pour reprendre les choses en main, donc – ça dérangeait le système. Et ce service d’étude, que Renard avait étoffé, il les a coaché lui – même. Il était brillant de ce côté-là, moi je ne l’ai vu qu’une fois. J’étais gamin, donc je ne l’ai pas connu, mais je l’ai vu de loin , et je l’ai entendu. C’étaient des hauts parleurs énormes, comme ça, à l’époque, il n’y avait pas la technologie actuelle…
Et on remplissait la place Saint Lambert, hein ,c était … l’ancienne place Saint Lambert, 35000 personnes, hein. Et donc il met au point avec ses bureaux d’études, les congrès en quesion, et le 2ème, ouvre vraiment la porte vers le fédéralisme. C’est en 56 que les revendications du fédéralisme sont sorties à la FGTB. Qu’on a commencé à appliquer en 73.
Et je suis allé hier à la fête à l’Hotêl de Ville de Liège à l’occasion, on fêtait jean maurice dehousse, qui était premier ministre président de la région wallonne ,et que j’ai gardé des contacts avec lui et il m’avait invité personnellement, on a remémoré un peu tout ça, hier. Et il était renardiste, lui. Et il est plus âgé que moi, il est né en 36, moi en 45. Et lui, il a connu Renard, pas bien connu, mais il l’a connu. Et il était avec Gol, qui pourtant était président des libéraux, mais Gol, Dehousse, Destrée, Dejardin, le groupe des étudiants de gauche, enfin. Ça a été à peu près à la même é&poque qu’il y a eu mai 68 à Paris. Déjà avec la grande grève, les étudiants étaient organisés et avaient fait de grèves à l’université. Donc dans la foulée du convoi de 56, les étudiants, qui étaient syndiqués à la FGTB, il y avait des syndicats d’étudiants, qui étaient résolument identifiés FGTB dont
Avec vraiment un programme alternatif, et des militants qui allaient faire du porte à porte il y avait vraiment une mobilisation  , ce qui manque aujourd’hui, donc les services publics , qui étaient fort attaqués par la loi unique, démarrent les premiers. Et tiens toi bien, c’est en Flandre que ça a démarré, les services publics. Cheminots, administrations locales et régionales, les enseignants et j’en oublie, … c’est Gand et Anvers, et puis Renard a démissionné et il a carrément donné sa démission, il ne s’est plus entendu avec Major, et avec les namurois, hein, avec André Genot, ils sont revenus, et ils ont pris le leadership de la grève qui était très différent d’une région à l’autre mais la région de Verviers était très engagée dans le conflit, surtout au niveau de la cgsp et des métallurgistes. Plus que le textile et les autres centrales, la Fgtb , je ne dirais pas qu’elle était coupée en deux, non, mais il y avait des renardistes , et des non-renardistes, plus fidèles à la thèse sociale démocrate avec les socialistes flamands, plus pour retourner au pouvoir et changer la loi unique, ils n’ont rien changé du tout.

Il a gardé sa verve dehousse, il a cité Jaurès et compagnie…
La grève a pu faire sauter le gouvernement, mais on a quand même digéré la loi unique hein. Même les socialistes, n’ont pas changé grand-chose…
Sur Verviers, on était quand même divisés. Et Renard n’est jamais venu , il était prévu. Il y a eu des meetings où ce n’est pas lui qui est venu, mais d’autres, la place du Martyr était remplie d’un bout à l’autre et les rues étaient remplies aussi. Il y avait des gens au C et A, il y avait des gens rue du Marteau, et il y avait des gens à la trémie, là, t’avais des gens pont saint Laurent, et aussi à l’église rue du gymnase, et les meeting se faisaient , où maintenant, c’est aux alentours de la librairie, du côté de la place du Martyr, enfin, ça se faisait par là.
Les photos que j’ai vues elles étaient prises de là. Il n’y avait pas d’embouteillages comme aujourd’hui, on jouait au ballon dans la rue, et quand une voiture passait , on s’arrêtait de jouer et puis on la laissait passer.
C’est fini cette époque.

Moi je dis qu’on est capable de faire ça – quand on fait des débats, on se retrouve 15, 20 … lundi dernier au Floréal, on était 30 j’ai compté, on était pile 30 avec les orateurs.
Donc les ingrédients sont là, ce que Renard a fait en 54 56, il faudrait le refaire aujourd’hui. Mais on n’est pas foutus de faire ça. On bricole chacun un peu dans son coin. On arrive a faire des services d’étude, tu avais des universitaires qui portaient leur concours bénévolement. Mais aujourd’hui ce n’est plus possible, les gens sont gavés par la télévision, les ordinateurs, les tablettes, les technologies, tout le monde vit dans sa bulle. Le loisir individualisé, le commerce individualisé, tout ça fait tourner la machine à sous. Mais les loisirs collectifs, la communication ou on prend la conscience de classes, c’est fini.
Alors les gens qui disent que c’est parce que les gens sont gâtés, qu’ils n’ont pas envie de bouger mais ce n’est pas vrai, ça, on ne fait pas la révolution avec un ventre vide, on fait des révoltes… oui mais la révolution , organisée, pensée, c’est avec la pleine capacité. Comme en 86 quand on est allés mettre le feu au château , dans les mines et compagnie dans le Hainaut…quand il y a eu la grève de la faim, si, hein.
La révolte de la faim, c’était en 86, qui a permis de changer les lois, mais ça n’a pas été une révolte, ça a été une chance de se rebiffer, mais sans programme, rien du tout, les gens sont excédés mais ce n’est pas une révolution, une révolution , c’est quelque chose qui amène une évolution. C était ce que Renard et d’autres essayaient de poursuivre à cette époque là. C’est comme ça qu’on a créé le Mouvement populaire wallon, avec Renard, donc il est revenu, il y a eu des divisions avec le PSB, puis renard est mort en 62 mais le MPW n’a plus eu le même essor. Avec ce qui est resté dans les caisses de l MPW, on a fait toutes les stèles qui sont dans le parcours, donc , celles qui sont dans toutes les communes y compris celle qui est en face de la piscine à Verviers là. Les petites tablettes , le parcours du citoyen, ou je ne sais plus. Ou ils reprennent tous les chapitres de la déclaration des droits de l’homme. C’est avec qq uns qui restaient, on a décidé de faire ça pour faire qq chose avec l’argent , et ça a permis de laisser au moins ce témoignage là pour les écoles pcq il  y en a encore qui le font.

En 68, il y a eu une conférence au conservatoire rue Chapuis mais pas grand-chose, des gens de Liège, j’étais en entreprise, et en 68 j’avais déjà fait mon service militaire, et j’avais … c’était une prise de parole qui n’avait débouché sur rien,
À Liège, quelques retentissements, mais c’était plutôt parisien. Même les idées, … c’était un peu dégenté , on se libérait les esprits, mais pour dire de modifier la société ou des aspirations nouvelles … bof, oui il y a eu combendit hein , parlementaire européen, il y avait sauvagot et gaibar …
Rien
Saud combendit qui a continué

Des conflits d’entreprise, vers 70, c’est tout
Chaque région manifestait, mais rien de propre à Verviers

En 74 , je ne vois rien qui mérite d’attirer l’attention, le début des multinationales, on a ouvert les zonings industriels pour lutter contre la crise, et on a vu arriver les premières multinationales américaines,
Et dans le premier zoning c’était celui de petit rechain – et la première ca a été Mercury
La première dans le zoning de p rech.
Ce fut la première américaine, ca a permis de recycler une partie de la main d’œuvre du textile , y compris de la main d’œuvre féminine

Et puis on a créé l’aspi, l’intercommunale, c’est une cotisation par hab, et on a ouvert avec ce les zonings, c’était pour éviter la crise. C’était une façon de réindustrialiser la région, et durant cette période le textile a fini par s’éteindre

Le chômage est devenu permanent,  on a gardé a peu pres 100 mille pers au chômage en Belgique, c’est ce qu’on appelle le noyau dur du chômage qui se situe en dessous de 100 mille unités, un peu plus bas.
À cette époque c’étaient des statistiques nationales.
On ne divisait pas.

On parlait du nombre , c’était 80 mille , je me souviens, lors d’une intervention en conférence, je parlais de 80 mille chômeurs en Belgique.
Aujourd’hui on parle de 200 mille rien qu’en Wallonie.

Liberté de circulation de la main d’oeuvre, l’europe se construisait , donc dans les années 70 ce n’est pas pour l’emploi, les immigrés.

Il y a eu le rideau de fer, le pacte de Varsovie, la séparation avec les pays de l’Est. Le pendant de l’Otan c’était le pacte de Varsovie, avec la russie, pologne, … tous les pays de l’est. Il y avait le mur de l’Est, des barbelés la séparation entre le bloc soviétique et l’otan.
Et a Berlin, ça se témoignait au niveau du mur.
Sinon les pays étaient fermés, c’est dans les années 80 que ça s’est fermé.

70 80 , c étaient des gens qui voulaient ; la tv a inondé tout les pays, alors chacun a voulu voir si il y avait mieux ailleurs

Les charbonages fermés, industries, etc. c’est pas dans le textile qu’on les embauchait, les industr traditionnelles se fermaient
La Belgique ne fabrique plus de train, donc ce sont les gens ui sont venus et , il n’y avait pas de boulot, ou dans le tertiere, les grecs c’était les restaurents
On a eu a verviers les marocains, en all c’était les turcs
À l’indép du congo, beaucoup sont venus

Dans les années fin 60 il y a eu beaucoup de noirs, du congo belge à l’époque, donc et il y a eu la question de l’algérie tous les pieds noirs qui se sont sauvés sont arrivés à marseille, on n’a pas eu bcp d’algériens
A verviers c’était ds marocains
À liege des italiens
A bx c’est très différent, encore
Les pays bas avaient leurs colonies aussi, sud africains

Non, l’immigration c’était pas pour la main d’œuvre – ca a été plus vrai en Allemagne, ils avaient des accords bilatéraux, ils fournissaient du charbon,
Après la guerre , en échange de charbon , des hommes
En France , les anciennes colonies aussi , les égyptiens, c’étaient les colonies britanniques
Je suis allé au sénégal, les français sont toujours là, les militaires
On ne peut pas dire qu’il y a eu de portée nationale des évnm a verv depuis la laine
Ilyef-, wathelet-justice, damseaux, trois verv étaient ministres , …
On peut toujours agir au niveau communal, mail faut dire que Verviers n’a plus les moyens, il faut dire que tout le long de la rivière, c’était tous usines… les gens habitaient près des usines, d’abord parce que les déplacements étaient coûteux, les journées harassantes, … il n’y avait pas de voiture, … il y a trois gares, tu avais ensival, le chemin de fer jouait un grand rôle- … les écuries de Biolley elles sont toujours là, c’étaient les bourgeois qui avaient leur voitures. La rue qui monte vers l’abbatoir et l’intervapeur, c’était les écuries de Biolley. Puis tu as la maison de Biolley. Sinon tout le reste c’état tous usines, …
Le projet city mall, moi personnelement  je dis au moins, on a un projet, verviers a perdu six, sept ans avec ça, on en a discuté suffisament, mais ça ca a dégradé l’image de la ville, ce moment de non décision, une ville qui ne prend pas de décision pendant six ans, ca ne va pas hein. Quand on peu opposer deux projets , ici, c’était négationniste, ca voulait dire simplement « on ne veut rien » il n’y a pas un projet concurrent. Non, on ne peut pas laisser le truc comme ça. « au printemps » dégradé, là.
Moi je suis d’accord qu’on s’oppose quand on a qq chose a proposer, de mieux
C’est légitime, ça.
A se demander si on n’était pas en gardienne
Une ville sans projet, c’est une catastrophe
Les gens veulent avoir leur petite maison a la campagne, … c’est partout
On avait discuté d’obliger les proprio d’obliger de faire habiter les étages des commerces , et la régie commnale autonome, la ville aurat fait les principaux frais à sa charge, pour travaux, mais les proprio ne veulent rien faire, ils ont un rdch commercial, avant c’étaient des habitations , c’est une pol de logement, mais ça coute, mais quand je vois cb ca coute de faire des logements sociaux et compagnie, moi je crois que ce serait plus maln de réurbaniser les villes et d’utiliser ces immeubles alors que des gens sont sans log ou mal logés – voir politique
On fait des intercomm pour faire des log soc pour reloger les gens, si on commencait par tous ces appart vides . peut etre que les villes seraient  plus accueillantes
Breuer veut juste faire sa carrière, il n’a pas l’intention de révolutionner les villes
Il occupe déjà – cumulard – échev, présid cpas, comme il a raté la présidence de l’hopital, on lui a donné l intercomm – et il donne des lecons à tt le monde
C’est trois rémunérations.
Ces gens ils ont leur gueule sur les autres et ils ne se regardent pas, c’est de bas étage, il n’y a pas de pol, il applique les prog de ceux qui ont été battus
Ils ne faut qu’entreprendre ce qui était prévu
Biolley, le théâtre , tout était déjà dans le tuyau
La pol sur verv , qu’est ce que verv a comme projet ?
En 73 , on a fait sur les machnes textiles, un projet de reconversopn,, il y avait nencore des entrep, on avait fait approouver un projet comme ça, il y avait un ministre,

La fusion de ocmmunes aussi, en … c’est la que stemb , pt rech, partie de polleur coupée en deux , une partie sur theux
Ca a été le combat pol qui se sont battus pour que dison et andri ne soient pas sur verv
Jusqu 34 hodi était une commune avec toutes peties fabriques textiles, il y avait un octroi
34 verv a absorbé hodi
Si bien qu il y a tj eu des soc à dison- alros que verviers c’étaient des coalitions
Donc ca a changé un peu les choses, on a commencé à mieux gérer, il y a eu des dév au niveau logement, intervap, on a nettoyé des vieilles fabriques, l pepinster , seul vestige des usines , a dolhain il y avait lavoir et carbonisage de laine
Le batiment du chat de biolley
Il y avait la rue du canal, ou c’est la trémie, il y avait un canal, il a été rebouché, le canal étaie une déviation qui prenait de la rivière , et le canal passait sous terre point st laurent, et ou il y a le c et a c’est pour rappeler le canal, c’était sale, on l’a bouché
Je m’en rappelle un tout peti peu,
On a voulu faire un viaduc qd tu prends l’autoroute à lambermont, il y a un indice, le diverticule, qui a été prévu pour faire le viaduc, ils voulaient couvrir la vesdre jusk ‘lathenée , on s’szt battu avec joris et tout et on a gagné, avec toutes les pétitions, on a pas recouvert la vesdre, pcq on avait prévu de détruire des maisons, etc
On a ouvert la vesdre et on a mis des canalisation ds le fond de la rivière, et ca vadans les stations d’épuration à wegnez notamment, on a kd meme fait de grands travaux, l’intervapeur, le viaduc, mais au niveau économique non, on ne peut pas dire qu’il y a une industr dominante qui a remplacé le textile, autour, oui, mais a part a stembert, l’ancien mabelpap, et il y a petit rechain,
On a anoncé a ceux qui travaillent dans l’usine d’apparels auditifs qu’on les licencie
Avant on avait une bourgeoisie industr, mais c’était des industriels, aujoud’hui c’est spéculatif, actionnaires anonymes , fonds spéculatifs , mettent des ho qui sont de parfaits exécutants
Le dialogue social est foutu à l’air , ça c’est mon métier, … on a plus les vrais interloculeurs, on a des intermédaires
J’ai été secrétaire syndical , j’ai discuté avec des partrons de multinationales, j’ai bien vu la disparitéion des-
La majorité ce sont des multinationales
Sur verv, il y a le rare héritier de traitex , simonis, tj président de la chb de textile ce qu’il en reste
Et sagehomme
Mais tout le reste, faut aller un peu plus loin, à eupen , pour voir un gros employeur là dedans

Verviers n’a meme plus sa chambre de commerce, c’est maintenant une antenne de namur …
On a négocié des heures dans la chb de
On n’est plus que l’ombre de ce qu’on a été

Déjà entre lesdeux guerres le déclin était annoncé
On ne peut pas tirer une conclusion sur une note positive
Avant le barrage de la gileppe appartenait de la gileppe, c’était les lainiers qui l’avaient construits, uis quand ils ont disparu, il y a un acquedu  fait il y a 160 ans, avec les pierres de la gil
On a meme du ceder ça à la soc wall de l’eau , ca a été un combat,
Quand on a régionalisé le pays, andré cools a du négocier avec nous, on a décidé de mettre la capitale politique à namur, la capit économ à liege , le social à charleroi onem, forem, et l’eau à verviers, si bien qu’on a la swde à verviers
Et en échange , on a du donner le barrage, maintenant soc publ de gestion de l’eau, rue des écoles à gauche, gros batiment
À l’époque de la laine, c’étaient les patrons qui payaient, c’était leur barrage, et mainetnant… c’est à l’époq de baudoin qu’on l’a rehaussé, il fallais augmenter la capacité, on alimente pas seulement ververs, verv n’aurait pas géré tous ces investissemnets
Nous n’aurions pas pu le rembourser nous-mêmes, …

On a décidé de mettre capitale

On avait une banque nationale
Tu devais aller quelque part, tu allais chercher ta devise
La banque drèze , les usines drèze étaient rue des fabriques
Avant l’<EIB, c’était drèze, famille de lainiers comme
Musée de la laine, jean vallée est né là,
Il y avait 26000 travailleurs de l’industr text ds la rég
+ les autres secteurs
Le verre, etc
Tout a disparu
C’est partout en europe
Tous les bassins miniers
Dans la rue renkin, juste à coté , il y avait une rue qui s’appelait la rue … des minieres, car mnes de fer
La rue des carrières
La rue du marteau, c’était un marteau pour battre le fer, une grosse forge, il fallait des pieces métalliques pour les machines textiles



Rencontre avecJW

Jacques Wynants
JW : le thème, c’est quoi ?
…
JW : La perception des gens est souvent très négative, hein.. Les gens disent : Verviers n’est plus comme avant, on donne à ça toutes sortes de raisons, hein. Il y a les raisons économiques. On dit « y a plus que des étrangers à Verviers ».
Moi : Oui, on accuse les autorités d’avoir laissé…
JW : Oui, d’avoir eu des avantages… Avez-vous vu Monsieur D ?
Moi : Je suis allée aux conférences sur l’âge d’or de Verviers…
JW : Il est intéressant, il aura bcp de choses à te dire…
Moi : La guerre m’intéresse, mais il faut que je parte « après la guerre » car en terme de thématique, ce serait trop long
JW : Ben la guerre, dans cette évolution, c’est un peu comme une parenthèse. Toutes les activités habituelles sont bloquées. Il se passe autre chose, il y a les allemands, il y a peu de travail, il y a le rationnement, on est donc dans une situation tout à fait artificielle, très différente de l’avant et de l’après guerre. Hein. Mais, on va dire que ça marque quand même aussi le début du déclin. Mais le déclin était déjà commencé beaucoup plus tôt. Le déclin commence déjà après la première guerre mondiale. L’âge d’or de Verviers, c’est le 19ème. Donc dès qu’on arrive au 20ème, on va se soutenir, mais … l’industrie de Verviers au 19ème, elle est montée comme ça. (Geste de la main presque vertical) , et au 20 ème elle est descendue mais deux fois plus lentement. … elle est descendue insensiblement au 20ème. Donc la chute n’est pas brutale, mais on la sent venir. Déjà dans l’entre deux guerres, il y a de graves conflits, de graves problèmes de chômage. Et après la seconde guerre mondiale, ben, il va y avoir une reprise, puis alors il y a la guerre de Corée. 1950-1953, ça pour l’industrie textile, c’est intéressant puisqu’on fabrique des uniformes, alors hein. Des chaussures, des ceinturons, … et des choses comme ça, donc…  mais après la guerre de Corée, ben la descente est continue.
Moi : après cela, …
JW : Après ça, euh, on ne repartira jamais. Hein, ça va être tout le temps des chutes supplémentaires, hein. Et les dernières usines, machines textiles, hein, HDB, je ne sais plus quand elles ont disparu, mais c’était 1980, quelque chose ainsi… ah c’était des usines qui comptaient des centaines d’ouvriers. Les usines textiles chez Simonis, qui étaient plutôt dans l’Est de Verviers.
Moi : les ouvriers étaient verviétois ?
JW : Les ouvriers ?, c’étaient des verviétois, les habitants des communes des environs, et aussi des gens qui étaient venus d’ailleurs et qui s’installaient à Verviers parce que il y avait du travail hein. C’est surtout au 19ème siècle, ça hein. Verviers a attiré beaucoup de gens de la campagne. Et ils vivaient très misérablement à la campagne, ils croyaient qu’en venant travailler à l’usine, ils allaient avoir une meilleure vie. De 1, ce n’était pas nécessairement vrai, et Verviers c’est un trou, hein, il n’y a pas beaucoup de place, donc on vivait mal.
Moi : Les gens sont attirés par la ville…
JW : Oui, ils croient toujours que ce sera mieux à la ville. Il y avait trop de gens sur peu d’espace, donc … et si un homme gagne 100, une femme gagne 50 et un enfant 25, hein. Alors qu’est-ce qu’on faisait, on faisait travailler toute la famille. Et en plus, l’école n’était pas obligatoire. L’école n’est devenue obligatoire qu’ à la guerre de 1914. Avant ça, non.
Moi : Après la guerre de Corée …
JW : Donc une fois qu’il n’y a plus d’industries, ben les magasins ne fonctionnent plus bien non plus ! et comme en +, Verviers c’était plein de vieilles usines etc. , c’est pas tellement beau, donc ça n’attire pas ! hein.
Moi : c’est vrai qu’on en voit encore. Monsieur B disait que les riches propriétaires d’usines sont partis parce qu’on faisait trop de social etc. que les lois …
JW : une série d’industriels sont partis, en se disant que c’est moins cher ailleurs. Oui ils partaient d’abord en Flandre, où c’était moins cher, où il y avait moins de luttes syndicales.hein. A Diest par exemple. Oui, certains sont partis pour ça, il y avait une grande concurrence.
Moi : il y a un libéral qui disait que à Verviers, les luttes sociales ont fait fuir les investisseurs.
JW : Oui, mais ça, c’était pareil pour toute la Belgique, … mais seulement, à Verviers, il y avait une forte syndicalisation, hein. Très forte. Contraintes supplémentaires sur les patrons.
Moi : sur les trams…
JW : Verviers a toujours eu des voies de communication importantes, le dernier tram, c’était 1969. Henrard a écrit sur les trams. Avant, les trains internationaux passaient à Verviers. Moi quand j’étais étudiant, je prenais le train à 15h à Liège, à 15h20 j’étais à Verviers. C’était un international qui allait à Moscou. Il y a une dizaine d’années, je prenais le train pour aller voir ma fille d’ici à Berlin ! ce n’est plus possible aujourd’hui. C’est le déclin aussi, ça d’une certaine manière hein.
Les banques aussi, il y avait un bureau de la banque nationale. Qui n’existe plus. Parce que Verviers était important au point de vue financier. C’est au coin de la rue des Martyrs. Il avait des banques locales, crées par les verviétois. La banque Drèze, par exemple était célèbre.
Moi : l’ouverture des frontières, en Europe.
JW : Oui, comme partout, il y a eu un plus grand brassage de population. Mais cela se faisait surtout vers là où il avait une plus grande attraction.

…
Je crois que c’est la confrontation des musulmans avec le monde européen qui va poser des problèmes – c’est le problème du musulman qui se dit mais comment je vais me situer , moi ! et probablement que dans deux à trois générations, les choses se seront arrangées toutes  seules …
Naturellement , on accuse toujours l’étranger, celui qui vient prendre le travail aux belges et évidemment il n’y en a pas, maais ça , il faut le temps, hein , moi je me rappelle ,j’ai eu des petits camarades à l’école qui étaient des italiens , au début, on les appelait les macaronis, hein
Puis dix ans après c’était fini, mais alors ils étaient complètement assimilés , les espagnols, les grecs, mes voisins, ici ,sont grecs , la dame est arrivée très jeune, ils sont totalement assimilés. On ne voit plus de différences, mais il faut attendre une ou deux générations. Les musulmans, le problème, c’est que leur culture est beaucoup plus différente que nous- un belge et un italien, un belge et un espagnol , il  y a quand même beaucoup de choses en commun, tandis qu’ici on est confronté à un monde de différences, donc c’est plus dur. C’est plus récent, c’est plus différend de nous, donc il faut essayer.
Le problème c’est qu’il y en a toujours de nouveaux, aujourd’hui c’est les tchetchenes, et puis c’est les roumains, et oui hein, …
Bien entendu, il faudrait trouver un échantillon de personnes très différentes les unes des autres et les questionner sur comment est-ce que vous avez ressenti l’évolution de Verviers ces 50 dernières années… ? il faudrait trouver des femmes qui travaillent et des femmes qui ont choisi d’être ménagères, simplement. Elles ont certainement des perceptions différentes.
Le commerçant de la rue de Hodimont, à la botte rouge, je suis allé acheter des souliers et j’ai parlé un bon moment avec lui, notamment de son voisinage etc. mais il s’entend très bien avec ses voisins, il n’y a aucun problème hein, mais je crois qu’il est intéressant.
La rue a très fort changé, c’était déjà commerçant, la rue Spintay aussi, plein de commerces partout , avec le magasin qui se trouve maitnenant rue du brou, un magasin d’audiovisuel, la rue spintay est une rue où il y avait plusieurs chausseurs, il y avait un boucher , il y avait un marchand de tentures etc. de chapeaux, il y avait une pharmacie, aussi, c’était des rues très commerçantes. Il ne faut pas oublier que rue Spintay, c’était le point de passage obligé entre Verviers et Hodimont.
Donc le seul pont qui existait était le pont des récollets. Donc si on voulait aller de Hodimont à Verviers on passait par la rue Spintay. C’était une rue de grand passage.
Verviers est une ville qui a connu son apogée, son maximum, vers les années 1890, à ce moment, elle compte 56000 hab. Attention : le petit Verviers, c’est-à-dire sans Ensival, sans Heusy , sans Stembert , … etc. le centre , la petite ville, qui fait 56000 habitants.
À ce moment là, c’est la deuxième place financière de Belgique. Ca veut dire , beaucoup d’argent. C’est pour ça qu’il y avait une succursale de la banque Nationale. Donc ça c’est le maximum, dans les années 1890. Et puis après, tout commence à partir tout doucement. Je vous dit, ça monte très vite, mais ça descend deux fois plus lentement.
La fusion des communes a permis à Verviers de remonter au point de vue population. Parce que cette ville de Verviers qui faisait 56000 hab.dans les années 1890, mais juste avant la fusion, elle faisait 35000 . De toute façon, la fusion des communes , c’est stupide, parce que on a fait une petite fusion, on aurait du englober Dison, c’est pour des raisons politiques, qu’on ne l’a pas fait, ils voulaient garder le pouvoir. 
Dison et Andrimont auraient du rejoindre Verviers. Si on prend la région immédiate de Verviers, c’est 80 000 hab, vous ajoutez Pepinster, Dolhain, une partie de Jalhay, vous allez avoir un truc de 80 à 100 000 hab. Jalhay, les habitants veulent rester là parce qu’ils ont moins de taxes.
On perd au niveau économique, …
Il y a 48 ans que j’habite ici, avant, j’habitais au-dessus de la rue Renier, vers Andrimont, j’habitais là au-dessus.
Ma cousine. Son père c’est le frère de mon père. Elle est peut être née près de Nivelles, a habité à Huy. Elles sont trois, c’est elle la plus jeune.
Elle donne cours de quoi ? sociologie ?
Moi j’ai donné cours à l ISCO à Verviers, dans les années 70. J’ai été enseignant avant d’être directeur. En Français – Histoire.
Les ouvrages que j’ai écrit, ils sont a la bibliothèque communale, je les ai donnés.
Mon père a écrit un livre sur l’histoire sociale. Il a le même prénom et le même nom que moi. « Ainsi naquit une industrie », histoire sociale.

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Rencontre avec Mme MNL



Je suis née à Verviers en 1947, j’habitais ch de Theux, à la limite de Heusy Verviers, j’allais  à l’école ste marie , à 17 ans et demi, j’allais à l’univ de liege , mais je revenais.
Je me souviens d’une inondation, peut etre à Dison, dans le quartier de Hodi
Quand j’étais petite, c’était un évènement de descendre en ville , il fallait y aller en tram. Si je peux donner une image de la vie à Verviers à ce moment là, c’est une image très calme, presque silencieuse, je me souviens quand j’étais enfant , je voyais de la fenêtre de ma maison des gens descendre des gens en pleine chaussée de Theux, maintenant c’est une chaussée dangereuse avec bcp de voitures, et bien des gens marchaient dans la rue carrément. Ah oui, il y avait de temps en temps une voiture qui passait, mais ça ne faisait pas très peur… euh.
L’université, c’était les années 65 jusqu’ à 71. C’était la psycho, puis j’ai obliqué vers les sciences de l’éducation. Alors directement après ça, je me suis mariée en 1971 et je suis partie deux années en Algérie. Et quand je suis revenue de ces deux années là, j’ai quand même constaté des changements. Ces grands changements qui ont eu lieu à Verviers dans les années 70 et qui concernent la voierie, on a fait de vastes bandes de circulation, par exemple en Gérarchamps. Euh , la nouvelle percée qui monte vers stembert, de grands magasins qui ont ouvert qui s’appelait le Sarma, qui maintenant ne s’appelle plus le Sarma… euh, d’autres bâtiments sont apparus, c’est difficile de les citer tous. Dans le quartier de Hodimont, il y a eu de grandes rénovations aussi. Des logements sociaux sont apparus  un peu partout aussi. Et on peut dire qu’à partir de 1970, la voiture était reine à Verviers. C’est à ce moment là que la vie a commencé à devenir fort difficile. D’un côté c’était pratique d’avoir sa voiture et de descendre en ville quand on voulait, de se garder où on voulait, sans risquer d’avoir une amende (rires) mais d’autre part, après coup, on s’est  rendu compte que ça a été une grave erreur, parce que les piétons ont été rejetés sur les trottoirs, et c’était vraiment le « tout à l’auto ». On a même parlé à cette époque- là de créer un viaduc, qui allait surplomber la ville, là … et les habitants ont combattu âprement contre ça, … heureusement, on l’a échappé belle.
Alors, où ais-je habité en revenant d’Algérie ?
Eh bien, d’abord rue des Souris, dans un appartement appartenant à ma belle-mère, puis rue Simon Lobet, dans un appartement appartenant à mon père. Et puis finalement, nous avons loué avenue Jean Tasté pendant deux ans, mais à ce moment là, nous avons eu deux enfants et puis nous avons loué rue des Coteaux. Rue des Coteaux, c’était encore la vie calme. Où pouvait encore marcher et jouer dans la rue, ce qui était très bien pour nos enfants. Mais, ça n’a pas duré longtemps, c’est fini, maintenant, je ne vois plus d’enfants qui jouent dans la rue. Pendant toutes ces années là , on a vu décliner les cinémas, qui se sont fermés les uns après les autres, c’était le regne de la télévision c’était chacun chez soi. Le théâtre, qui a perdu ses lettres de noblesse. Moi je me rappelle, lorsque j’étais adolescente, on allait tous les mois à des soirées « jeunesses théatrales » , il y avait aussi, sur les temps de midi, les « jeunesses poétiques ». c’était vraiment très bien, on avait une vie culturelle intense, tout ça a disparu.
La culture a été réduite à sa plus simple expression, on n’avait plus de belles pièces de théâtre même en dehors des jeunesses théatrales. La politiuqe de Verviers ça  a été de faire venir plutôt des comiques, des comiques connus. De temps en temps de grandes vedettes de la chanson. J’ai vu par exemple Jacques Brell à Verviers, j’ai vu Claude Nougaro aussi, ah ,j’oublie un peu, mais enfin on a eu quelques grandes pointures comme ça mais maintenant, c’est terminé. Parallèlement à tous ces déclins, il y a eu évidemment, le déclin économique, hein, les gens on perdu leur travail. Je me rappelle avoir chômé au début de ma vie professionnelle , juste en revenant d’Algérie. J’ai chômé un mois, et ça paraissait énorme, à ce moment là. Rires , pourtant nous n’étions pas nombreux à aller pointer, mais pour moi c’était la honte, je me serais bien cachée quand je me trouvais dans la file de chômeurs. C’était vraiment le malheur à éviter. Et heureusement ça s’est terminé assez vite, et j’ai travaillé non-stop à partir de là.
J’ai été tout de suite professeur de pédagogie. Pour les lieux de travail : d’abord à l’école normale de Verviers, rue des Wallons euh, oui j’ai enseigné aussi à l’Athenée de Pepinster, c’était la belle époque de l’enseignement rénové et il y avait une série de cours à options, et parmi les cours à options, il y avait le cours de psychologie, qui était peu fréquenté. J’avais entre 4 et 10 élèves par classe, c’était très agréable, on faisait ce qu’on voulait. Les étudiants étaient intéressés, je m’amusais bien. C’est la seule époque de ma vie où j’ai enseigné à des adolescents.
Alors après ça, j’ai pu faire mon stage à l’école de Fragnée, qui s’appelait comme ça à l’époque, donc c’est la Haute école Charlemagne maintenant, les Rivageois. Je suis restée là 6 ans, puis je suis revenue à Verviers, puis je suis repartie à Huy et à Liège. Oui, parce qu’entre temps, l’école normale de Verviers a fusionné avec celle de Huy, et donc les professeurs ont été envoyés « ourbi et torbi », on ne nous demandait pas notre avis. À propos de la qualité de l’environnement, ben, elle s’est dégradée, je vais dire, en même temps , parallèlement que la culture s’est dégradée à Verviers. Probablement en grande partie à cause du règne de l’automobile qui a quand même fort amoché, pollué, les routes, les trottoirs, les autobus, les camions, tout ça n’a pas amélioré les choses et puis je crois aussi un certain laisser aller de la population, notamment des jeunes, et pourtant je suis bien placée pour voir que dans les écoles primaires, il y eu une éducation très régulière, une éducation civique, je  vais dire , des enfants, en leur apprenant à être propres, à trier les déchets, à ne pas jeter les papiers par terre etcetera mais est-ce que ce sont les enfants, est-ce que ce sont les adolescents, est-ce que ce sont les adultes, je n’en sais trop rien,  toujours est-il que je vois toujours de plus en plus de déchets dans la ville. Enfin dans certains quartiers plus que dans d’autres.
Je me rappelle avoir fait, il  y a bien 15 – 16 ans, une journée de nettoyage, avec une asbl, du quartier de Hodimont, c’était terrible, l’allure à  laquelle on remplissait les sac poubelle, avec tous les déchets qui trainaient. Mais malheureusement, le lendemain, c’était comme si on n’avait rien fait, tout était de nouveau sale. Je ne sais vraiment pas ce qu’il faut faire. Ne parlons pas des bords de la Vesdre, qui sont régulièrement jonchés de détritus, alors que la ville de Verviers s’est donné la peine d’aménager les rives de la Vesdre, il y a de belles promenades à faire, mais il y a des endroits où c’est répugnant. Cela ne donne pas envie de marcher là. Oui sans compter, autre source de pollution, les chiens ! , les chiens salissent très fort les trottoirs, et notamment les berges de la Vesdre. Je ne sais pas pourquoi ils ont une prédilection, là …
Alors, après mes lieux de travail, donc, le dernier en date , c’était l’école normale de Verviers, où j’ai rencontré Naoual, rires. J’ai travaillé dans une série d’asbl. En commançant par le Baobab, qui en 2007 se trouvait rue Xhavée, je suis restée là deux ans, puis, deux années à l’asbl Grappa, et 4 années à l’asbl Activ rue des Messieurs.
Avant ça, en 1996, j’avais fondé une asbl multiculturelle qui avait son local rue de Dison, c’est dans ce cadre là que j’ai participé au nettoyage du quartier. Je peux donc dire, que parmi mes quartiers préférés, il y a le quartier de Hodimont. J’y ai beaucoup vécu, beaucoup travaillé, beaucoup espéré. J’ai connu plein de gens sympathiques. Je n’y ai jamais connu l’insécurité que certains dénoncent. Mais il est vrai que c’est un quartier un peu oublié. Oublié par les pouvoirs publics, au niveau de la propreté, de l’habitat, qui est souvent insalubre. Actuellement, j’ai des étudiants du cours de français qui se plaignent de la mauvaise insonorisation, euh, des odeurs qui se glissent un peu partout, des installations de chauffage qui sont déficientes, l’humidité, qui règne un peu partout,… Je sais bien qu’un gros effort a été entrepris par l’échevinat du logement pour assainir, mais il y a encore beaucoup à faire.
D’autres choses qui manquent dans le quartier de Hodimont, ce sont des terrains de jeux évidemment pour les enfants, et des crèches ! c’est vraiment un besoin criant, on exige des femmes étrangères qu’elles apprennent le français, mais la plupart sont pourvues de grandes familles et de petits bébés qu’elles ne savent pas placer, elles les prennent au cours, ce qui perturbe le cours évidemment, non , il faudrait vraiment créer des crèches ou des garderies où on pourrait faire garder son enfant deux ou trois heures d’affilée.
Ce qui me retient à Verviers, ben évidemment, il y a mon lieu de travail , qui a été à l’école normale de Verviers et les enfants, par la force des choses, se sont intégrés très vite. Ils étaient à l’école à Heusy, puis à Verdi, à Verviers, tous leurs copains étaient là. Mais je ne cache pas que en revenant d’Algérie, mon intention était plutôt d’habiter entre Liège et Verviers, du côté de Chaudfontaine. Plus dans un endroit rural. Mais mon mari n’était pas de cet avis-là. Il voulait rester à Verviers. Et c’est vrai que c’était plus pratique pour le travail.
Mon image de Verviers, avant et maintenant, aujourd’hui, elle n’est pas positive. On a l’impression de vivre dans une ville sans espoir. Quand on voit le nombre de commerces qui ouvrent et qui ferment , c’est décourageant, quand on voit le nombre de chômeurs qui traînent dans les rues du matin au soir, c’est décourageant, quand on voit les jeunes qui essayent de se faire une place au soleil et qui ne trouvent rien, c’est décourageant aussi, … souffle
Quand on voit les étrangers, qui sont vraiment pleins de bonne volonté, qui apprennent le français, qui commencent à se débrouiller, qui suivent des formations, et qui ne trouvent rien ou qui trouvent des emplois sous qualifiés par rapport à leurs compétences, c’est vraiment désespérant. Souffle. Tout ça fait que Verviers n’est plus une ville agréable à vivre. Sans compter donc l’aspect propreté qui ne s’améliore pas, loin de là.
La première cause de ces déclins est évidemment économique. C’est sûr que les gens n’ont plus de travail, donc il y a probablement moins d’impôts qui arrivent aussi dans les caisses de la ville, et l’état. Il y a une question d’éducation, certainement, les gens n’ont pas l’air très soucieux de sauvgarder leur environnement.  Un manque de fierté , les gens ne sont plus fiers de leur ville. Il est vrai que Verviers a connu son heure de gloire au début du siècle, quand on voit certaines rues qui ont été bâties après 1900, comme la rue des Martyrs, ou la rue de la Concorde, ce sont des belles constructions, on voit que les gens étaient fiers de leur ville. Le grand théâtre a été construit, je crois en 1895, par là, c’était l’époque où Verviers essayait de s’embellir, et même de se montrer plus cossue qu’elle n’était en réalité. Il y avait un petit air vaniteux qu’on retrouve très bien dans des bâtiments comme l’ancienne poste qui est devenue le Forem, et la gare aussi, avec ses clochetons là, il y avait quelque chose de triomphaliste, à cette époque… on a peut-être exagéré, mais maintenant on exagère dans l’autre sens.
Plus personne n’est fier, on a construit n’importe comment, oui … ça je n’ai pas dit… j’ai oublié de signaler que dans les années 70, là, quand on a rénové entre guillemets Verviers, il y a eu des catastrophes, on a démoli de beaux bâtiments, par exemple, tous les bâtiments qui encerclaient la place du Martyr. D’autres ont été chapeautés de buildings, soi disant modernes mais qui sont comme un coup de poing dans l’œil. Le C et A est venu là, alors qu’il n’avait pas du tout sa place là… l’architecture a perdu toute son unité… on a construit n’importe où, n’importe comment, on a fait des rues n’importe comment… quand on voit le boulevard de Gerarchamps, c’est dramatique, il n’y a plus personne qui va se promener là. C’est effrayant il y a un bruit perpétuel du matin au soir. C’était une rue à deux voies, je ne dis pas qu’on y allait pour le plaisir, ce n’était de toute façon pas un quartier très agréable, mais il aurait pu être mieux rénové qu’il ne l’a été, c’est ça que je veux dire.
Il y a des quartiers qui ont quand même été préservés, je pense au quartier des Hougnes, non loin de celui où j’habite maintenant, il a gardé son petit air provincial, relativement calme. A Heusy aussi, il y a encore des rues calmes et sympathiques,  à Lambermont, aussi. Oui. Aux alentours de Verviers, je crois qu’il y a encore pas mal de lieux où il fait bon vivre. Mais le centre, ce n’est vraiment plus ça. Ce qui est bien maintenant. Parce que je reviens de la ville maintenant, ce sont tous les piétonniers qu’on est entrain d’instaurer en ville, la rue du Brou et la rue de l’Harmonie, c’est vraiment une réussite. Chapeau à ceux qui ont fait ça. On est entrain de transformer la rue Jardon et la rue Chapuis en piétonnier aussi, je crois que c’est bien aussi. Mais des conséquences négatives de cela, c’est le manque d’emplacements de parking !
On en perd encore toute une volée. Les maigres emplacements qui restent maintenant sont tous payants, extrêmement surveillés ,je dois dire que quand je descends en ville, moi j’ai la peur au ventre. Je mets vite un euro dans le parc mètre, et je reviens au galop tellement que j’ai peur de me faire coller… rires , ce n’est pas agréable !
Mes enfants, j’ai deux fils qui sont de vrais verviétois, et qui ne veulent pas bouger mais l’ainé par contre a pris son envol et habite à Liège et se trouve très heureux d’habiter à Liège. Oui, ce qui crée quand même un esprit à Verviers, c’est Televesdre, et les journaux locaux… qui colportent un tas de nouvelles à mon avis sans importance mais rires , qui créent quand même des liens entre les citoyens.  Voilà. C’est une petite ville où on … je ne vais pas dire qu’on se connaît tous, c’est impossible, mais on connaît les gens qui comptent, les gens qui font quelque chose, les nouvelles se colportent vite, avec aussi le côté négatif des rumeurs évidemment mais … ça crée un esprit quand même , une certaine solidarité, l’impression de connaître le lieu où on vit et s’y sentir bien , voilà. C’est plutôt ça. On peut aussi avoir l’impression d’avoir de l’influence, à Verviers, mais je peux vous dire que ce n’est pas vrai. Parce que personnellement, j’ai fait le tour de tous les échevins et les bourgmestres qui se sont succédés à Verviers. J’ai chaque fois été très gentiment reçue, on m’a dit « oui, Mme L, on prend note, on prend note… et je n’ai jamais vu le moindre effet de ce que j’avais demandé. Pourtant j’ai demandé des choses fort différentes, hein, concernant le travail que j’avaais dans les asbl, concernant les sans-papiers, concernant d’autres associations dont j’ai fait partie… on n’a pas l’impression d’être entendus, on n’a pas l’impression que la ville mène une politique volontariste pour vraiment améliorer les choses. Les choses autres que ce qui est directement visible comme des piétonniers, des centres commerciaux, des choses ainsi.
Et c’est pareil, peu importe les majorités au pouvoir. Ils se réfugient toujours derrière l’argument clé : « on n’a pas d’argent »… mais moi je vois très bien que pour certaines choses , on trouve l’argent qu’il faut et qu’il y a des gens qui sont plus favorisés que d’autres. Je suis très déçue de ce qu’on appelle la démocratie à Verviers. Pour moi, c’est un leurre.
Je me souviens aussi, qu’il y a quelques années, du temps où on a travaillé à Grappa, on a été invités à un comité de quartier à Hodimont. C’était l’échevin Malik Ben Achour, on nous a demandé notre avis sur la rénovation à Hodimont, mais … maintenant, il n’est plus là, mais je me demande ce que tous ces plans sont devenus. Je n’ai pas vu se poser la première pierre de ce qui était prévu. Donc on a remué beaucoup d’idées, il a beaucoup de gens qui sont venus à ces réunions là, et puis quoi ? … c’est décevant.
Rebelotte cette année, on nous demande notre avis sur la citoyenneté, donc avec mes étudiantes du niveau trois, on est entrain d’écrire pour la petite revue de Hodimont, on nous demande d’écrire ce que c’est la citoyenneté pour des immigrés , mais de nouveau , qu’est-ce qui va en ressortir ?
Est-ce que ce sera pris en compte ? je n’ai pas l’impression.
C’est très louable, toutes ces initiatives, mais on aimerait bien voir que les choses se concrétisent.
L’âge d’or de Verviers, c’était l’industrie lainière, je crois qu’il nous a laissé un goût amer, parce qu’on est parti d’une ville florissante, qui faisait l’admiration de tous, même au niveau international, parce que j’ai lu un livre écrit par un américain et il cite Verviers parmi les réussites de la Belgique. Parce que la Belgique elle – même a été l’une des grandes puissances économiques au 19ème. Donc ici, je crois que les gens qui ont mon âge doivent être un peu déçus, amers, de voir ce que leur ville est devenue. Les plus jeunes, ils ont pu croire à un renouveau de Verviers lorsqu’on a construit les grands zonings, petit rechain, … et ailleurs et c’est vrai qu’il y a des choses qui fonctionnent encore mais pas assez pour une ville de la capacité de Verviers.
Et les plus jeunes encore, comme mes enfants, ben, pff, ils ont presque intérêt à s’expatrier ou à aller dans une autre ville… !
Il manque d’emploi, de perspectives…
Je me suis toujours déplacée en voiture. Pendant toutes mes belles années, on a peu critiqué le transport en voiture. Oui, on savait qu’il aurait mieux valu prendre les transports en commun mais ils n’étaient pas assez développés. Pendant une année , j’ai essayé de prendre le train pour aller travailler à Liège, mais j’arrivais continuellement en retard, ce n’était pas pratique,  quand je devais aller voir mes élèves en stage , de toute façon j’avais besoin de ma voiture. On doit dire qu’on a vécu une sorte d’inconscience collective par rapport à la voiture, tout le monde voulait sa voiture, on est arrivés à avoir deux, voire trois voitures par ménages ! on a exagéré. Mais les pouvoirs publics ont encouragé cela , en créant des routes, à plusieurs bandes, des autoroutes, …
Et aussi en créant des zones d’habitat éloignés de tout le reste, quand on voit le Champs des oiseaux, là, au-dessus d’Ensival, ceux qui n’ont pas de voiture, là ils doivent être malheureux. C’est difficile d’accéder là. Je prends cet exemple là, mais il y en a d’autres, hein, à Jehanster, il y a aussi un lotissement qui est éloigné de tout.
Au point de vue du rayonnement de la ville, on a essayé avec le fameux concours de chants lyriques, mais c’est aussi quelque chose qui est en train de s’éteindre. Mon mari, dans les années   70, a été convié à lancer un festival de bandes dessinées à Verviers et franchement, on avait toutes les cartes en main pour faire quelque chose de très bien, parce qu’il y avait beaucoup de dessinateurs dans la région, et ce festival a eu lieu une fois puis il est mort de sa belle mort, et il a été remplacé par le festival d’Angoulème, qui lui est toujours très connu en France évidemment.
Il y a bien la tarte au riz, mais toute ville a son folklore , … moi ça me fait rire d’ailleurs de voir qu’il y a un échevin qui s’occupe du Tourisme à Verviers, je me dis mais « qui va être intéressé ? »… parfois des petits groupes, vraiment très petits…
Il y a la confrérie Vervi-riz , ça c’est le folklore, mais ça c’est très bien, je trouve qu’il faut faire renaître le folklore, et j’applaudis des deux mains, et ceux qui ont fait renaître le géant Bihin par exemple, mais ça mériterait d’être suivi chaque année, pas tous les deux ans. Ca, ce sont des choses qui peuvent rassembler, bien plus que des Fiesta cité qui n’interessent pas tout le monde ou ce qu’il y a eu lieu une ou deux fois au temps de Noël. C’était … Disney parade… c’était une parade essentiellement publicitaire, du plus mauvais goût. .. pas du tout rassembleuse, enfin… on était là comme de simples spectateurs, qui pouvaient ramasser des caramels mous au mieux.
C’est plutôt le folklore, moi je crois plus au géant Bihain, et d’ailleurs, ce cortège là, il y avait des groupes costumés, des groupes de danseurs, de l’école de Fabienne Henrot, ou d’associations d’étrangers, ça c’est vraiment chouette, il y a des choses à développer. Par contre, Verviers en couleurs,c’est très vite devenu une fête commerciale, il y a eu très vite, même des particuliers, qui plantent leur tente ce jour là pour vendre des merguez. Etc. ce n’est pas ça… on devrait quand même penser que le vervétois n’est pas seulement un consommateur. Il y a autre chose à faire.
Il y a eu une polémique autour de Verviers en couleur, qu’on a voulu appeler « Verviers en fête » oui, je trouve ça tout à fait stupide de même que pour la polémique qui a eu lieu pour les 50 ans de l’immigration marocaine- si on s’attache à des détails comme ça, on va être tout le temps freinés, non non, il faut aller de l’avant et … être plus ouverts.
Je ne sais pas s je peux le dire ici, parce que je suis enregistrée, mais quand je vois le rôle de Daniel Martin au CRVI, c’est lamentable. Il a réussi à diviser tout le monde au lieu de rassembler. Il est bien sûr responsable de ces polémiques. C’est Jacques D qui a lancé la bagarre. C’est lui qui a provoqué Br. Il a répondu, évidemment, il ne se laisse pas faire. J’ai fait partie d’ATTAC, pendant qq années à Verviers, qui était le modèle même du mouvement citoyen, mais on a perdu le Président qui était très dynamique, qui a trouvé un emploi à Herve. Et voilà, au bout d’un an, ce mouvement là est mort, de même que le Forum social, qui avait été créé dans la foulée « Porto Allegré » …
C’était aussi proche d’Attac, finalement, et la fin est souvent l’affaire d’un Président qui mène un groupe.
L’immigration est mal gérée à Verviers, ce n’est pas bien géré du tout…  je suis allée en décembre voir l’échevine de la cohésion sociale et je suis allée lui porter une liste d’une série de petits faits, de paroles que j’avais récoltées durant les cours, en dehors de cours, et qui provoquent un effet ghetto. Elle a été effarée par tout ça, elle a dit qu’elle viendrait voir le président, elle n’est jamais venue, … le cours de français entre temps a été supprimé par l’asbl et j’ai bien l’impression que l’année prochaine, on entendra plus parler un seul mot de français dans les rues que je fréquente actuellement. Et le fondamentalisme prend de plus en plus d’importance. Je le constate tous les jours. J’ai des élèves qui disent ouvertement qu’elles veulent imposer la charia en Belgique. Et c’est bien sûr parce qu’on a pas géré cela. On a géré l’aspect économique, avec le cpas mais l’obligation de suivre des cours de français date d’un an, seulement… et pfff … et elle est suivie ou pas. Je parlais de la polémique lancée par Jacques Destordeur et D Martin, elle a fait en sorte que plusieurs asbl n’osent pas déclarer qui est inscrit chez elles , et donc il n’y a pas de contrôle, en vérité. Mes étudiants sont soi-disant contrôlés mais j’ai remarqué que là aussi, il y a toute une gamme de contrôles, il y a des gens qui sont hyper contrôlés, qui doivent tout le temps fournir des preuves non seulement tous les mois , mais en + de leur inscription qui date d’un an, voire +, et puis à côté de cela, il y en a qui sont tout le temps absents, on le voit sur leur attestations, mais ils ne sont pas inquiétés … donc je suppose que ceux-là ne sont pas contrôlés ou en tout cas pas sérieusement.
Je trouvais que c’était une bonne idée, ce contrôle, comme en Flandre. Si ça réussit chez eux, pourquoi est-ce qu’on ne s’en inspire pas ?
Mais je m’aperçois que l’obligation ne suffit pas. Il faut en plus que les cours soient de qualité et en quantité suffisante. Moi j’ai toujours donné six heures par semaine mais je m’aperçois que c’est trop peu. J’aurais voulu consacrer le mercredi matin au français oral. Donc au lieu d’avoir 6 heures par semaine, en avoir 8. Mais je n’ai jamais obtenu les subsides pour organiser ça. Ce n’est pas avec des bénévoles qu’on peut faire ça.
Il n’y a pas de réelle volonté de créer des cours de français suffisants avec du personnel de qualité, il faudrait au moins des enseignants, des instituteurs, des régents mais ce n’est pas ça qu’on voit dans les asbl.
Chaque fois que je vois dans des réunions, je suis écœurée, j’entends des énormités sur le plan pédagogique, des gens qui n’y connaissent rien du tout… qui viennent du Forem, ou qui viennent d’autres secteurs… des logopèdes, … des éducateurs, ça va encore, ils sont plus proches de nous…
C’est très rare qu’on rencontre des enseignants, dans ces milieux là, ce sont des gens qui pensent que parce qu’ils parlent français, ils sont capables de l’enseigner. Ils ne sont pas capables d’établir une progression pédagogique.
Ils font n’importe quoi ils mélangent modes et temps, etc je suis dégoûtée de travailler avec ces gens-là. Monsieur Breuer est conscient de cela, il a été enseignant. Il a essayé de créer l’année dernière, un appel à projet, j airépondu à l’appel. Il m’a félicitée pour l’aspect pédagogique mais pas pour l’aspect financier… rires. C’était beaucoup trop cher évidemment, je demandais d’engager du personnel, je demandais des locaux.
Donc tous les gens qui ont de bonnes idées sont dépassés. Ils sont dépassés par l’aspect fin qui ne suit pas, la RW n’aide pas, et dépassés par l’incompétence générale, on peut le dire.
Toutes les polémiques autour du voile et qui font parler beaucoup, ce n’est rien à côté des discours haineux que l’on peut entendre dans certains milieux… il y a des gens qui veulent instaurer des lois comme en Arabie Saoudite. C’est là qu’il faut agir. Le foulard, ce n’est rien du tout, ce n’est qu’un ustensile parmi d’autres et qui à mon avis jouit d’un effet de mode. Il y a 20 ou 30 ans d’ici, on ne voyait pas de foulard dans les rues et je suis à peu près persuadée que la génération suivante va bannir le foulard aussi. Ça aura été une vague passagère, mais sous cette vague , il y a des idées pernicieuses qu’il faut combattre. C’est ça qui mine vraiment le vivre-ensemble. Ne pas gérer, c’est laisser gérer d’autres. Bien sûr. D’autres gens tirent les marrons du feu.
On ne peut plus parler d’extrême droite en Belgique, les mouvements n’existent plus mais les idées d’extrême droite persistent et font leur chemin. .. hein. On en voit de temps en temps sur Internet , par exemple, … on voit que c’est toujours vivace. Mais l’extrême droite n’est pas seulement chez les européens, hein, on voit l’extrême droite chez les musulmans aussi. Tout ça mine vraiment la cohésion sociale.
Je parlais du cours de français parce que j’y suis impliquée mais il n’y a pas que cela, il y a l’éducation à la diversité, il y a plein de choses à faire.
A l’époque de tous les changements, on voyait cela de façon euphorique, on se disait «  ah, c’est bien , on revigore, on modernise, on voit plus de logements sociaux, … » ma belle mère vivait dans une vieille rue de Verviers, la Rue des Souris, elle était quand même un peu réticente, parce qu’elle voyait qu’on démolissait des pans entiers de quartiers qu’elle avait connu. C’est vrai que pour des personnes plus âgées , ça ne fait pas forcément plaisir. Ceci dit, quand je vois tout le quartier de la rue Secheval qui a été rénové , je trouve que c’est une réussite. Il n’y a pas eu que des catastrophes, je pensais surtout au centre ville, qui a été complétement défiguré.
Dans les années 70 ça a été pour tout le pays et dans toute l’Europe, je crois que la grosse crise pétrolière, ah oui , j’aurais du signaler aussi, il y a eu les dimanches sans voiture, ça a été un grand plaisir, quand on est revenus d’Algérie en 1973, de vivre les dimanches sans voitures, c’était d’un calme, on se promenait au milieu des rues, j’avais justement eu mon premier bébé à ce moment là, c’était vraiment bien. C’est dommage qu’on ne le fait plus d’ailleurs. Ça n’a pas été poursuivi. C’était surtout pour une question économique, surtout, on a eu peur de manquer d’essence.
J’ai sillonné Verviers dans tous les sens. Avec mon travail dans les associations et pour aller voir mes élèves en stage. Au niveau des loisirs, je suis allée de longues années à la piscine de Verviers. Oui au niveau des infrastructures sportives, je trouve qu’on n’a pas vraiment à se plaindre. Hein, il y a le stade de Bielmont, qui est en bon état, le jogging de Verviers qui a lieu chaque année, mes fils y ont participé plusieurs fois c’était très bien organisé.
Sur le plan sportif, on a un grand choix, j’ai un fils qui a fait de la boxe, un autre du foot, un autre de l’athlétisme. Non, c’est le plan culturel qui est en déclin. Pourtant, avec la création de l’espace Duesberg, il y a de belles choses qui sont organisées. À l’époque j’allais régulièrement au théâtre, aujourd’hui, il n’y a plus beaucoup de choses intéressantes. Je suis allée deux années de suite au concert philarmonique de Liège. Ça existe toujours d’ailleurs. Il y n’y a pas si longtemps, il y a une dizaine d’années.
La fusion des communes a changé le paysage à Verviers, il y a plein d’hotels de ville qui ont disparus, enfin ils sont toujours là parfois, ou ils ne servent plus à rien, ou ils sont reconvertis.
Le territoire était plus quadrillé, hein, on savait, par exemple, qu’on passait de Verviers à Ensival.
On le savait, les gens s’appelaient « ensivalois » etc. c’était autre chose.
Dans les années 70, les caves de ma belle mère ont été inondées, mais c’était moins spectaculaire que dans les années 50. C’était vraiment un torrent.
Les deux piliers de la place verte, c’était le Grand Bazar et l’Innovation, je passais des heures, je dirais bien merveilleuse, quand j’étais petite fille et adolescente… on trouvait tout ce qu’on voulait dans ces grands magasins là. (Rires) aujourd’hui ce sont des petits commerces d’indépendants, non. Ça n’a plus le cachet du Grand Bazar… tu savais qu’au rez-de-chaussée, par exemple, tu trouvais, les friandises, les détergents, les produits de beauté, … au premier, tu avais les tissus, puis les jouets, et chaque étage avait sa spécificité.
On trouvait vraiment tout ce qu’on voulait. Je me rappelle quand je me suis mariée , je suis allée au Grand Bazar, j’ai trouvé tout ce qu’il fallait, comme essui, comme nappe, quand on est revenus d’Algérie, on a acheté des meubles, etc. qu’on a achetés pas très cher évidemment, c’étaient des meubles de grande surface, mais … on trouvait tout ce qu’on voulait.
Mon mari devait soit  faire son service militaire, soit
54’45




Rencontre avec Mr B

Balade avec Monsieur B.
Rencontre le mardi 19 août 2014, place du Marché (également place de l’Hôtel de ville) , 14h.
Monsieur B a eu comme premiers mots … quelque chose comme « tu souhaitais voir encore mieux  à quel point Verviers me désespérait » … sous entendant la première rencontre durant laquelle il s’excusait de voir les choses de façon négative, « mais quand même »…
Donc tu vois, on a des maisons ici qui sont abandonnées, quoi, ou qui ont été mal foutues finalement. Comme on dit ici. Ça c’est une maison qui a été faite en deux parties, avec des anciennes fenêtres et des fenêtres plus modernes. Et puis il y a les rez-de –chaussée. Regarde, cela ne correspond plus à l’architecture, et c’est partout comme ça, c’est partout comme ça.

Derrière, il y a une petite salle. On va pouvoir la visiter aux journées du patrimoine, dans quinze jours, je crois. C’est une superbe salle avec des superbes peintures et sculptures au plafond, c’était une salle  du syndicat du textile, ça s’appelait le Peigné, qui était une façon de travailler la laine.
Il y avait une sorte de petit théâtre. Sur « Fier d’être verviétois », j’ai vu qu’il y avait une photo ancienne, il y avait un petit film avec une photo ancienne ou on voit cette maison qui paraît beaucoup plus belle !
Déjà mettre une vitrine moderne, sur un bâtiment qui date des années vingt, je trouve que c’est un peu dommage. Et c’est ça, à Verviers, c’est qu’ il y a des demandes pour modifier le rez-de-chaussée, mais on ne remet même pas à neuf le dessus, on ne met même pas un coup de peinture. C’est partout, vous pouvez regarder … la rue Crapaurue, tous les étages sont abandonnés, si vous vous c’est ettez là, il manque la moitié des tuiles, donc il y aura des entrées d’eau, il y aura la mérule, la mérule va détruire les planchers, les planchers vont s’effondrer, les murs vont … et alors il faut détruire la maison. C’est comme ça qu’on travaille, ici.
Et je trouve dommage, regarde, ici , on a refait la place (du Marché), je trouve que pour une fois, c’est bien (rires) je me suis plaint jusque maintenant, mais je sais aussi le dire quand c’est …
Je trouve dommage, ce sont les propriétaires qui ne font pas la démarche. Je suppose que par exemple, le gens ne se renseignent même pas. Ça aussi c’est dommage. Le perron, les voitures se garaient, puis cassaient les marches. Ils auraient pu retailler un peu de façon à … refaire les marches.  C’est dans le même esprit.
Là on a un beau coin qui est bien entretenu. C’est là où il y a le restaurant « Du goût et des couleurs ». c’est la même chose, on avait de belles maisons là, on a tout détruit. Et ça (bibliothèque communale) c’est plus récent… il y avait des maisons qui datent du 19 ème, parfois un peu plus vieilles.
Ça, c’était un magasin de fourrure, de tissus. (au-dessus du café « la Mairie »)
Nous rencontrons une personne que M. B. connait. Il lui parle de l’actualité : « « Tu sais ce qu’ils vont faire, les russes ? ils vont se mettre avec la Chine… ils n’achèteront plus rien ici, puisqu’ils veulent faire les malins… ils ne nous achètent plus nos pommes – ah, c’est normal, puisqu’ils veulent faire le blocus. Et on n’a jamais fait blocus comme on fait maintenant… du temps de la guerre froide, soi-disant. Le commerce tournait toujours. De toute façon les russes, ils ont 5 ans de réserve de monnaie… » Monsieur B a tenté plusieurs fois de couper la parole à cet homme. Finalement, il s’est remis en marche : « allez, nous, on continue… »
Nous continuons.  Ça c’est années 20, ca c’est plutôt 30. Il y avait chaque fois des maisons de ce style.

Et maintenant avec le nouveau centre, là , moi j’appelle ça un bunker mais … (rires)
Monsieur B. rencontre une autre personne.
Là c’était porte de Heusy, c’était une porte pour entrer à Verviers. En fait là, rue de Mangombroux, Chaussée de Heusy ça n’existait pas. C’était la campagne. Au début du 19 ème, c’était la Campagne. La rue de Heusy, c’est l’une des plus anciennes rues de Verviers, ici, la rue de Heusy.
Il y a une façade de la maison à côté de l’antiquaire qui a été gardée. Mais c’est l’une des rares.
Pour faire le nouveau truc là  (immeuble aux portes de Heusy) , ils ont démonté de belles maisons. Elles n’étaient pas très hautes.

La mairie … le magasin est resté jusque dans les années 70 , je crois. Donc à partir d’ici la ville s’est développée dans ce sens-là, et les usines, surtout le long de l’eau.
Hodimont, même avec ses vieilles maisons, ce n’était pas Verviers. C’était un autre duché , c’est comme si tu allais dans un autre pays quand tu traversais la rivière. Donc ça n’a pas changé, avec vous autres, maintenant. Rires. Il y avait des taxes, finalement , quand on changeait de côté.

Donc Verviers , c’était simplement Sommeleville et ici où il y a Crapaurue.
Maison Moulan a été conservée, peut être en coup de chance. Il y avait des maisons jusque là, on a démoli des maisons, « démolir, démolir, démolir, hein ! » rires

De même là, où il y a le bâtiment blanc, c’était une maison d’un très riche vervietois en 16 cents et des. Et il y avait comme une petite tourelle. On a démoli dans les années trente. À cette époque là ,il n’y avait pas non plus de scrupules de démolir pour faire plus laid.


Le canal il passe en dessous de la poste, ça servait à nettoyer les laines, les gens avaient des passerelles en bois et ils lavaient la laine dedans. Ils revendaient la laine à de grandes entreprises qui la filaient, la tissaient etc. mais ce canal était devenu un égout à ciel ouvert, parce que rien que les laines contiennent de la graisse et tout ça s’accumulait etça sentait très fort, en 1906 , ça a été bouché. Parce que les usines se sont agrandies et lavaient elles-memes.
Je suis né rue des Fabriques et je suis resté jusqu’à l’âge de cinq ans. Puis mes parents ont acheté une maison à Andrimont.
On voit toujours les colombages des anciennes maisons.
++++
La maison  a brûlé ici,…
Comme dans toutes les villes, il y a le même genre de magasins qui ouvrent, comme les pakistanais etc. c’est pas seulement Verviers. Mais comme j’ai toujours dit, on a beaucoup construit pour construire des buildings.
C’étaient des maisons « normales » si on peut dire. Il y avait toute une série de petites cours, comme là, ici, … ruelle Maréchal ; la rue qui descend vers le gb, c’étaient beaucoup de petites cours habitées par les ouvriers. Dans une chambre, qui nous sert de salon, ils y vivaient à huit. Ce qu’on ne saurait plus faire.
Il y avait une sorte de couvent là, des religieuses…
+++++photo
Les cours allaient sur des jardins, derrière, etc. là c’est un grand jardin, qui est abandonné.
C’était une époque où on essayait de faire beau, parfois, ce qui n’est plus tellement le cas. Ca, c’est fin 19 ème, rue Laoureux. Qui a été construite fin 19ème, inaugurée début 20 ème. Là, on a beaucoup démoli. C’est quelque chose qui plait bien, ici  à mon avis. Regarde , on refait le dessous, puis y a une bande là, je trouve que ce n’est pas normal. C’est abandonné, là prèsque partout, regarde.
Regarde  , c’est ca qui manque : une surveillance de ces trucs là, il y a quand même moyen de fermer la fenêtre, et là…
J’ai travaillé comme décorateur là, on faisait des vitrines, ça prenait des semanes, par exemple, pour la Sant Nicolas et les fêtes de fin dannée, on commençait en août comme maintenant. On ne fait plus maintenant.
On voit bien que ca commence à se démantibuler. On voit bien que la partie au-dessus des fenêtres penche. Regarde, ce sont des belles maisons, mais celle-là , c’est une des rares qui a été refaite.
C’est chaque fois la même chose, un commerce moderne mais rien n’ a été fait au-dessus.
On s’arrete souvent avec moi, dans Verviers.
Jai travaillé plusieurs années là, mon père aussi. Il vendait des jouets. Où on  voit les barrières, ça c’est un magasin qui a été refait. il a brûlé en 1938 Il a été construit en un an. Et tout était vraiment effondré, la facade.
Ils l’ont refait plus moderne. En fait, c’était une facade de 1912. Elle était très belle. L’ancienne facade. Avant ça , il y avait encore une autre qui était tout en fer et en vitres. C’était un magasin comme le musée instrumental près de la gare centrale, qui sert maintnant de musée d’instruments de musique.
Le tout premier Brand Bazar, c’était tout petit. Et ils ont raccordé cela en « L ». on rentre ?
C’étaient des ascenceurs, ici, il y avait des vitrines, un îlot central, les décorations se faisaaient dans le batiment des galeries des deux places. Tout au dessus , c’était le local des décorations.
Il y avait ici un ascenseur, et une dame dedans qui vous accueillait. Tu lui disais quel étage et c’était elle qui appuyait. C’était son job. On ne peut plus monter. C’est condamné. Je pense que la ville l’a racheté.
Je crois qu’ils déménagent aussi. C’était vraiment un très grand magasin, pour Verviers , on savait qu’on pouvait trouver de tout, ils vendaient aussi bien des boutons, des assiettes, des jouets, des frigos, des tv , … tout. Il y avait tout. En fait on pouvait faire toutes ses courses ici. Alors, le canal dont je t’ai parlé, il passait ici. En dessous des maisons, puis où il y a la boule rouge. Puis là où il y a toutes les maisons puis près de la Vesdre où il  y a l’église st Antoine.  Et il se jetait dans la Vesdre. Et puis là, il y avait un moulin.
Alors, je l’ai fait remarquer aussi, l’eau coulait dans l’autre sens. C’est une erreur. (La fontaine actuelle censée représenter le canal disparu coule dans le « mauvais » sens)
Au centre, vous veniez dans les cafés ?
Quand j’étais plus jeune, je fréquentais des cafés qui n’existent plus , maintenant. Tu vois au manège. Il y avait le théâtre, et puis le manège. En dessous, il y avait un café qui s’appelait la « Jument balance » , c’est une sorte de jeu de mots. Ca n’ouvrait que le we et il y avait des groupes de jazz, rock, etc.
Il y avait aussi le café là où il y a la librairie les augustins. Disons que tous les gens comme moi qui fréquentaient les cinémas, le vendredi soir, … se retrouvaient dans ce café, ça s’appelait « le pub »,…
Le nom « les augustins » c’est parce qu’ils ont retrouvé des dessous de verres où était noté « les augustins » et j’ai retrouvé sur des vieilles photos où on voit cet écrito. C’était une marque de bière n fait. J’ai travaillé aussi ici, c’était l’INNOVATION , qui est venu beaucoup plus tard. Années 30 AVANT ça, c’était tout des petites maisons.

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Ici il y avait l’hôtel, « les Pays Bas »  qui a été racheté par une firme qui s’appelait la Vierge noire, qui faisait du café et donc c’était une usine de café. Ils le vendaient, et puis ça s’est étendu aussi comme au Bazar.
La vierge noire a été rachetée par le Grand Bazar et c’est pour ça que j’ai travaillé dans ce bâtiment. C’est grand, ça ressort de l’autre côté. Avant cela, c’étaient des petites maisons comme ça. Même chose de l’autre côté.
Ici c’était une ruelle, puis les Jésuites sont venus s’installer, les verviétois n’étaient pas pour. Il y a eu pas mal de manifestations anti-Jésuites, puis ils ont créé l’école Sfx puis c’est devenu une rue, c’était simplement un chemin. Une ruelle, même, ça s’appelait ruelle Manguet.
Verviers a toujours été un peu socialiste, si on peut dire. Donc c’est ici qu’il y a eu la première internationale, on peut dire socialiste, c’est ici  à Verviers dans les années 1860 , donc c’est à peu près le moment… des tensions … malheureusement … les religions ont toujours posé des problèmes hein. (sourire)
C’est un peu dommage , parce que les religions ne devraient pas poser des problèmes comme ça. Mais bon. Maintenant on se rend compte que c’est un peu la relgion musulmane qui , enfin oui et non, je me doute bien que ce ne sont pas les musulmans, mais il y a eu une période où c’étaient les catholiques qui étaient extrémistes. C’est ça qui est dommage, je trouve avec les religions , c’est qu’au départ, ce sont des religions de paix, mais … et ce que les gens en font.
Je ne sais pas si je t’embête en parlant de ça mais , je trouve que c’est dommage d’aller tuer un gars qui n’a rien fait  comme cette semaine.
- Non, bien sûr.
Parce qu’en plus ce gars, ce n’est même pas un militaire, c’est un journaliste donc un gars qui n’a rien a voir avec la guerre. En plus, on ne devrait meme pas en parler.

Là c’est ou il y a la Bourse(café), c’était la sortie d’un cinéma. Le cinéma, où il y a le grand building, qui était un superbe cinéma : Le Coliséum. Je suis entrain d’écrire un livre dessus. Naturellement, il n’est plus là.  Le forum à liège est classsé pour ses sculptures, ses peintures, son architecture. Et en fait c’était le même architecte qui a fait celui-ci, et celui-ci était beaucoup plus beau. Plus grand. On va aller de l’autre côté, on verra mieux.
Ils ont fermé le Manathan café.
Regarde la largeur du cinéma, c’était la même chose derrière. La même longueur.  Il y avait 1800 places dans ce cinéma. Et alors la sortie, c’était d’où on sortait du Manu meuble.
Ce cinéma a vu toutes les grandes vedettes passer. Brel, Brassens, Mariano, Marlène Ditrich pour les soldats américains, à la fin de la guerre, le cinéma était réquisitionné par les américains, ils faisaient venir des orchestres, des chanteurs, et les verviétois n’étaient pas spécialement invités. Ils fallait venir habillé en militaire pour être sûr. Ici, il y avait une grande entrée, à peu près au milieu, il y avait des guichets, et il y avait des barres en cuivre, pour canaliser les gens, pour aller vers le guichet.
Encore une fois, on ne peut que constater qu’on a fait plus laid. Il a fermé dans les années 70 c’était un cinéma qui faisait des prix pour les enfants, à cette époque. Tu payais ton entrée, tu avais deux films, il y avait le principal puis le complément. Moi je me souviens il y avait encore le cinéma le Parc , et il y avait une file jusqu’ ici. Il y a eu un film Tintin fin des années soixante.

Ici tout est modifié, il y avait une petite rue qui passait devant le bâtiment , il y avait une porte magnifique.
Ça, c’était un octroi. C’était le payage. Avant pour rentrer des denrées alimentaires, on payait des droits. On payait des taxes , si on entrait par exemple, des pommes de terres, … c’est de la même époque que la porte de Heusy.
Ça va redevenir un centre de renseignements , mais déjà, le fait qu’il y a des branches sur le toit , ça va abîmer le toit.
Quand on veut, on peut faire d’une vieille maison, une belle maison. Regarde à Maastricht, il fait propre, on ne jette rien à terre, …et c’est typique.
Ici le service du nettoyage fait superficiellement.
Je vais passer pour un râleur mais…
C’est comme maintenant, ils se plaignent de l’état du théâtre, ils n’ont jamais fait de demande pour le refaire. Dans les subsides, on sait qu’il faut s’y prendre longtemps  à l’avance. Ce qui veut dire qu’ils s’en rendent compte seulement maintenant qu’ils en ont besoin, des subsides, ils vont rentrer la demande seulement maintenant, donc dans dix ans on va leur dire oui, ou non.
On dit que ca va coûter cher, mais si dès qu’il y a une entrée d’eau, on répare de suite, …
C’est quand on laisse traîner que ça  revient cher.
Le cinéma était ici,  à peu près. Il commençait ou il y a un urinoir,…
Voilà le manège, quand on entre par là, en dessous, c’étaint des anciennes écuries, les riches de Verviers avaient des chevaux , et quand les automobiles sont arrivées, ils n’en ont plus eu besoin puis ce qui était le manège est devenu un cirque. Alors pendant des années, il y a eu un cirque en 1887 , il y a eu le feu dans le cirque, puis ce fut aménagé en bureaux pour les lainiers
On a fait cela dans un style mauresque parce que c’étaient des chevaux arabes, d’ailleurs à l’intérieur, il y a des pavés avec des écritures arabes, mais elles ont été remises à l’envers parce que les travailleurs ne parlaient probablement pas arabe (rires) , donc l’architecte s’est inspiré de l’architecture maure… hein … c’était l’architecture arabe.
C’est pour ça que la forme des fenêtres, ça doit coûter beaucoup plus cher, … ça appartient  à une société de Liege qui a racheté des batiments pour presque rien. Ce qui restait du cirque , c’était un toit en hexagone. C’est le même architecte qui a fait le théatre.
Le premier théâtre était là où il y a la pyramide. C’était plus petit. Ben tu vois, un premier entretien, c’est d’enlever les herbes quand elles poussent.

Vous veniez ?
Avant, il y avait beaucoup plus de théâtre. Je viens de moins en moins, avant c’était des opérettes et ils jouaient durant une saison, un peu marrant. C’était fort apprécié par les verviétois, dans les années cinquante, trente, même dix, le théâtre à bien tourné. Durant le vingtième…
Depuis les années fin soixante, baisse des fréquentations, due à la tv, c’était surtout les anciens qui y allaient, les jeunes trouvaent ça viellot. Je pense que ce genre va disparaître.
On peut aller à Hodimont ?
Ici c’est une statue des années 30 , c’était un musicien verviétois, il est mort bêtement jeune, en mangeant une crème glacée. Il avait vingt cinq ans.
Cette rue a été faite au début du siècle. Le parc ( de l’Harmonie) allait jusque là. C’était un parc qui appartenait à une socité qui organisait des concerts, là , le kiosque, et à l’intérieur. Ce n’était pas pour le peuple. C’était pour les privilégiés. Si tu claques des doigts dedans , ça raisonne. Il y avait un petit château, qui appartenait  à une famille importante.
Ici c’était un hôtel, l’hôtel du chemin de fer. C’était l’hôtel ou toutes les personnalités s’arrêtaient. Sarah Bernard, par exemple qui était quand même une actrice importante du début du siècle et fin 19 puis quand il y a eu la route, on a construit tout autour. Ici c’était une banque, quand l’hôtel a fermé. Avant, il y avait toutes sortes de petites banques.
Avant, les trains arrivaient là, presque toute la rue Peltzer de Clermont, c’étaient des petits hôtels. Ca  veut dire que ca servait surtout pour les représentants en laine. Beacoup de gens venaient acheter et vendre de la laine. C’était une ville très riche. Déjà pour construire des bâtiments comme ça, il fallait avoir de l’argent.
Il y a eu l’architecte THIRION qui a fait un théâtre comme celui-ci au Costa Rica d’après ce qu’on dit  , VIVROUX, LEJARRE qui a fait le Coliseum, le Forum ,…
Quand j’ai fait l’histoire des automobiles, j’ai cherché les constructeurs, j’avais trouvé un , qui était rue du Viaduc, derrière le colruyt.
J’ai cherché dans les journaux d l’époque … et j’ai trouvé un vieux journal sur une brocante, et il est mort en 1914 alors que c’est noté 1920 dans beaucoup d’ouvrages.
Ce qu’on appelait l’autre rive, c’est là ou il y a une boulangerie turque qui a brulé, là, ça correspondait à l’entrée.
Le pont ici n’existait pas au 19 ème , il y avait de grosses pierres. (St Antoine)
Le canal se jetait ici, il traversait tout Verviers.
Le passage de la Vesdre n’était pas si simple, on ne s’imagine pas, mais il y a bien un mètre de profondeur.
Les Verviétois disaient souvent « Au-delà de l’eau » quand ils parlaient de Hodimont. Ils le disaient en wallon « o dla d l owe ».
L’église, c’est une madame Detraux qui a donné son argent à l’église, elle n’avait pas d’enfant …
Ici à Hodimont, c’étaient surtout des protestants, Verviers était plus catholique et … cette rue Spintay était déjà commerçante, il y avait des commerçants à tous les rez-d-chaussée, il y avait des marchands de beurre, de lait, poissons, bouchers, il y avait tout. C’est chaque fois les années septante qui font que tout se modifie.
Ils faisaient des fêtes, chaque année au mois de juin,  à cette heure –ci il y avait du monde, là c’est vide. Verviers se vide fort, je trouve. On voit de moins en moins de gens dans la rue.
J’ai des souvenirs dans la rue de Fabriques, j’ai vécu là jusque quatre ans. C’étaient surtout des Italiens dans cette rue, puis des espagnols , des grecs, mes grands parents sont arrivés au début du siècle, en mille neuf cent et des … c’est leurs parents. Je crois que mes arrières grands parents sont arrivés en 1890, quelque chose comme ça. Ce sont mes grands parents maternels. Parce que mon nom, c’ets pas tellement Italien. Donc à ce moment, ils vivaient un peu ce que vous vivez , ils n’étaient pas appréciés. Ma mère me disait toujours, quand elle allait  à l’école, on ne l’appelait jamais par son prénom, c’était sale « macaroni »… parce que soi disant parce qu’ils prenaient le travail des belges.
Voilà, ici c’est classé, ça a brûlé, on ne refait pas, on attend bien sûr qu’elle tombe. De nouveau.
Avant, le Centre culturel de Verviers était ici. On faisait des soirées, avec des chanteurs, du théâtre… c’étaient des anciens bâtiments religieux, il y avait des sœurs. ..
Tu vois, c’est encore des petites cours… il y en avait plein. Ici, là …
Ma maison c’est en face de la rue de la Limite. Rue des Fabriques. Ici ils font un rond point. (travaux, musique Oum Khaltoum au travers de la porte entrouverte d’un café)
Ici, il y avait une rue, des maisons, et quand il y a eu des photos des projets ici, on a dit qu’on a llait faire un superbe quartier, et ce n’est pas si beau , finalement.

Donc la commune de Hodimont s’arrêtait au-dessus, il y avait un train qui passait, qui a été rebouché.
Au bout de la rue de la Chapelle il y avait un superbe château, on l’a recouvert dans le but de faire un viaduc. On a fait beaucoup de manifestations ici.
J’étais dans les groupes pour manifester contre.
Il y avait encore des petites cours, …

Ici ça s’appelle de rue du Commerce parce que c’étaient des commerces de prostitution. Donc tous les petits cafés, c’était la prostitution fin du dix neuvième, ça marchait bien aussi sur Verviers, la rue du Marteau ou il y a des cafés maintenant.
C’est terrible le nombre de cours qu’il y avait , souvent la cour prenait le nom d’un habitant.
Fisher c’était une entreprise  d’un gars qui avait des charettes pour transporter des charettes, au départ, c’était le couvent des Récollets. D’ailleurs il y a eu des fouilles. On a trouvé beaucoup, on a dégagé des squelettes.
Enregistrement arrêté.
Nous passons rue de Dison, la rue commerçante du quartier de Hodimont. Nous nous dirigeons vers la rue des Fabriques, la rue d’enfance de monsieur B. Il y est né et y a habité jusqu’à cinq ans.
Après son déménagement vers Andrimont, il revenait y voir sa grand-mère. Parce que, comme il me l’a indiqué, « on faisait un peu comme vous autres, plusieurs membres d’une même famille occupaient le même quartier, aujourd’hui ce sont des familles turques, des frères , des parents sont voisins… »

Nous passons devant « Chez Selatine », un commerçant d’origine turque que j’ai fréquenté moi – même petite, car j’ai habité cette même rue des Fabriques. Il le salue de loin. Je lui demande comment il connait Selatine, il m’indique qu’il aimait  venir chercher ses fruits et ses légumes chez lui et qu’il venait régulièrement avec sa femme...  que juste avant, c’était un marchand de cercueils à côté.
Dans le prolongement de la rue, il y a le bâtiment des contributions, qui était une usine à chapeaux et que l’on y fabriquait même des FES, ces petits chapeaux que l’on trouve au maroc .
Nous arrivons rue des Fabriques, M B de précise que le nom de cette rue n’est pas dûe au hasard, bien entendu. Il me montre les pierres qu’il reste des anciennes usines, et précise qu’une très grande partie de la rue était occupée par ces usines.
Plus haut, l’insigne « glacière Chambeau » m’est expliquée. On y fabriquait des blocs rectangulaires destinés à être placés dans les frigos anciens.
M B me montre la maison de sa grand-mère, la cour dans laquelle il jouait , petit. « Il y avait une dame qui hurlait lorsqu’on jouait un peu trop près de chez elle dans la cour. On ne pouvait pas dépasser cette ligne. »
Il me montre sa maison. À cet instant, je ne prends pas de photo, car plusieurs dames sont accoudées aux fenêtres et nous sourient. Il fait très calme.
M B m’indique la maison en face, où vivait la sœur de son grand père, ou un autre membre de sa famille…
Il me montre un coin, dans lequel un vendeur de charbon se situait et me raconte l’anecdote du jour où le cheval du commerçant fuit dans la rue en pente, et où il le vit courir à toute vitesse en criant après lui.
Des façades aujourd’hui ternes et qui ne paient pas de mine étaient tantôt un marchand de pain d’épices, tantôt une glacerie, tantôt une « friture » car m’a-t-il précisé, le « Verviétois aimait la frite. »