Voici un matériau brut, transcriptions d'interviews réalisées pour mon mémoire "Verviers, ville invisible", échanges notés rapidement... (avec coquilles et fautes de frappe, d' inattention, ... c'est cadeau) , c'était ça ou je ne me décidais jamais à publier ce qui pour moi est digne d'intérêt, les contenus des récits d'habitants qui appréhendent une ville en mutation, la leur, la nôtre.
mardi 21 juillet 2015
Rencontre avec Mme MNL
Je suis née à Verviers en 1947, j’habitais ch de Theux, à la limite de Heusy Verviers, j’allais à l’école ste marie , à 17 ans et demi, j’allais à l’univ de liege , mais je revenais.
Je me souviens d’une inondation, peut etre à Dison, dans le quartier de Hodi
Quand j’étais petite, c’était un évènement de descendre en ville , il fallait y aller en tram. Si je peux donner une image de la vie à Verviers à ce moment là, c’est une image très calme, presque silencieuse, je me souviens quand j’étais enfant , je voyais de la fenêtre de ma maison des gens descendre des gens en pleine chaussée de Theux, maintenant c’est une chaussée dangereuse avec bcp de voitures, et bien des gens marchaient dans la rue carrément. Ah oui, il y avait de temps en temps une voiture qui passait, mais ça ne faisait pas très peur… euh.
L’université, c’était les années 65 jusqu’ à 71. C’était la psycho, puis j’ai obliqué vers les sciences de l’éducation. Alors directement après ça, je me suis mariée en 1971 et je suis partie deux années en Algérie. Et quand je suis revenue de ces deux années là, j’ai quand même constaté des changements. Ces grands changements qui ont eu lieu à Verviers dans les années 70 et qui concernent la voierie, on a fait de vastes bandes de circulation, par exemple en Gérarchamps. Euh , la nouvelle percée qui monte vers stembert, de grands magasins qui ont ouvert qui s’appelait le Sarma, qui maintenant ne s’appelle plus le Sarma… euh, d’autres bâtiments sont apparus, c’est difficile de les citer tous. Dans le quartier de Hodimont, il y a eu de grandes rénovations aussi. Des logements sociaux sont apparus un peu partout aussi. Et on peut dire qu’à partir de 1970, la voiture était reine à Verviers. C’est à ce moment là que la vie a commencé à devenir fort difficile. D’un côté c’était pratique d’avoir sa voiture et de descendre en ville quand on voulait, de se garder où on voulait, sans risquer d’avoir une amende (rires) mais d’autre part, après coup, on s’est rendu compte que ça a été une grave erreur, parce que les piétons ont été rejetés sur les trottoirs, et c’était vraiment le « tout à l’auto ». On a même parlé à cette époque- là de créer un viaduc, qui allait surplomber la ville, là … et les habitants ont combattu âprement contre ça, … heureusement, on l’a échappé belle.
Alors, où ais-je habité en revenant d’Algérie ?
Eh bien, d’abord rue des Souris, dans un appartement appartenant à ma belle-mère, puis rue Simon Lobet, dans un appartement appartenant à mon père. Et puis finalement, nous avons loué avenue Jean Tasté pendant deux ans, mais à ce moment là, nous avons eu deux enfants et puis nous avons loué rue des Coteaux. Rue des Coteaux, c’était encore la vie calme. Où pouvait encore marcher et jouer dans la rue, ce qui était très bien pour nos enfants. Mais, ça n’a pas duré longtemps, c’est fini, maintenant, je ne vois plus d’enfants qui jouent dans la rue. Pendant toutes ces années là , on a vu décliner les cinémas, qui se sont fermés les uns après les autres, c’était le regne de la télévision c’était chacun chez soi. Le théâtre, qui a perdu ses lettres de noblesse. Moi je me rappelle, lorsque j’étais adolescente, on allait tous les mois à des soirées « jeunesses théatrales » , il y avait aussi, sur les temps de midi, les « jeunesses poétiques ». c’était vraiment très bien, on avait une vie culturelle intense, tout ça a disparu.
La culture a été réduite à sa plus simple expression, on n’avait plus de belles pièces de théâtre même en dehors des jeunesses théatrales. La politiuqe de Verviers ça a été de faire venir plutôt des comiques, des comiques connus. De temps en temps de grandes vedettes de la chanson. J’ai vu par exemple Jacques Brell à Verviers, j’ai vu Claude Nougaro aussi, ah ,j’oublie un peu, mais enfin on a eu quelques grandes pointures comme ça mais maintenant, c’est terminé. Parallèlement à tous ces déclins, il y a eu évidemment, le déclin économique, hein, les gens on perdu leur travail. Je me rappelle avoir chômé au début de ma vie professionnelle , juste en revenant d’Algérie. J’ai chômé un mois, et ça paraissait énorme, à ce moment là. Rires , pourtant nous n’étions pas nombreux à aller pointer, mais pour moi c’était la honte, je me serais bien cachée quand je me trouvais dans la file de chômeurs. C’était vraiment le malheur à éviter. Et heureusement ça s’est terminé assez vite, et j’ai travaillé non-stop à partir de là.
J’ai été tout de suite professeur de pédagogie. Pour les lieux de travail : d’abord à l’école normale de Verviers, rue des Wallons euh, oui j’ai enseigné aussi à l’Athenée de Pepinster, c’était la belle époque de l’enseignement rénové et il y avait une série de cours à options, et parmi les cours à options, il y avait le cours de psychologie, qui était peu fréquenté. J’avais entre 4 et 10 élèves par classe, c’était très agréable, on faisait ce qu’on voulait. Les étudiants étaient intéressés, je m’amusais bien. C’est la seule époque de ma vie où j’ai enseigné à des adolescents.
Alors après ça, j’ai pu faire mon stage à l’école de Fragnée, qui s’appelait comme ça à l’époque, donc c’est la Haute école Charlemagne maintenant, les Rivageois. Je suis restée là 6 ans, puis je suis revenue à Verviers, puis je suis repartie à Huy et à Liège. Oui, parce qu’entre temps, l’école normale de Verviers a fusionné avec celle de Huy, et donc les professeurs ont été envoyés « ourbi et torbi », on ne nous demandait pas notre avis. À propos de la qualité de l’environnement, ben, elle s’est dégradée, je vais dire, en même temps , parallèlement que la culture s’est dégradée à Verviers. Probablement en grande partie à cause du règne de l’automobile qui a quand même fort amoché, pollué, les routes, les trottoirs, les autobus, les camions, tout ça n’a pas amélioré les choses et puis je crois aussi un certain laisser aller de la population, notamment des jeunes, et pourtant je suis bien placée pour voir que dans les écoles primaires, il y eu une éducation très régulière, une éducation civique, je vais dire , des enfants, en leur apprenant à être propres, à trier les déchets, à ne pas jeter les papiers par terre etcetera mais est-ce que ce sont les enfants, est-ce que ce sont les adolescents, est-ce que ce sont les adultes, je n’en sais trop rien, toujours est-il que je vois toujours de plus en plus de déchets dans la ville. Enfin dans certains quartiers plus que dans d’autres.
Je me rappelle avoir fait, il y a bien 15 – 16 ans, une journée de nettoyage, avec une asbl, du quartier de Hodimont, c’était terrible, l’allure à laquelle on remplissait les sac poubelle, avec tous les déchets qui trainaient. Mais malheureusement, le lendemain, c’était comme si on n’avait rien fait, tout était de nouveau sale. Je ne sais vraiment pas ce qu’il faut faire. Ne parlons pas des bords de la Vesdre, qui sont régulièrement jonchés de détritus, alors que la ville de Verviers s’est donné la peine d’aménager les rives de la Vesdre, il y a de belles promenades à faire, mais il y a des endroits où c’est répugnant. Cela ne donne pas envie de marcher là. Oui sans compter, autre source de pollution, les chiens ! , les chiens salissent très fort les trottoirs, et notamment les berges de la Vesdre. Je ne sais pas pourquoi ils ont une prédilection, là …
Alors, après mes lieux de travail, donc, le dernier en date , c’était l’école normale de Verviers, où j’ai rencontré Naoual, rires. J’ai travaillé dans une série d’asbl. En commançant par le Baobab, qui en 2007 se trouvait rue Xhavée, je suis restée là deux ans, puis, deux années à l’asbl Grappa, et 4 années à l’asbl Activ rue des Messieurs.
Avant ça, en 1996, j’avais fondé une asbl multiculturelle qui avait son local rue de Dison, c’est dans ce cadre là que j’ai participé au nettoyage du quartier. Je peux donc dire, que parmi mes quartiers préférés, il y a le quartier de Hodimont. J’y ai beaucoup vécu, beaucoup travaillé, beaucoup espéré. J’ai connu plein de gens sympathiques. Je n’y ai jamais connu l’insécurité que certains dénoncent. Mais il est vrai que c’est un quartier un peu oublié. Oublié par les pouvoirs publics, au niveau de la propreté, de l’habitat, qui est souvent insalubre. Actuellement, j’ai des étudiants du cours de français qui se plaignent de la mauvaise insonorisation, euh, des odeurs qui se glissent un peu partout, des installations de chauffage qui sont déficientes, l’humidité, qui règne un peu partout,… Je sais bien qu’un gros effort a été entrepris par l’échevinat du logement pour assainir, mais il y a encore beaucoup à faire.
D’autres choses qui manquent dans le quartier de Hodimont, ce sont des terrains de jeux évidemment pour les enfants, et des crèches ! c’est vraiment un besoin criant, on exige des femmes étrangères qu’elles apprennent le français, mais la plupart sont pourvues de grandes familles et de petits bébés qu’elles ne savent pas placer, elles les prennent au cours, ce qui perturbe le cours évidemment, non , il faudrait vraiment créer des crèches ou des garderies où on pourrait faire garder son enfant deux ou trois heures d’affilée.
Ce qui me retient à Verviers, ben évidemment, il y a mon lieu de travail , qui a été à l’école normale de Verviers et les enfants, par la force des choses, se sont intégrés très vite. Ils étaient à l’école à Heusy, puis à Verdi, à Verviers, tous leurs copains étaient là. Mais je ne cache pas que en revenant d’Algérie, mon intention était plutôt d’habiter entre Liège et Verviers, du côté de Chaudfontaine. Plus dans un endroit rural. Mais mon mari n’était pas de cet avis-là. Il voulait rester à Verviers. Et c’est vrai que c’était plus pratique pour le travail.
Mon image de Verviers, avant et maintenant, aujourd’hui, elle n’est pas positive. On a l’impression de vivre dans une ville sans espoir. Quand on voit le nombre de commerces qui ouvrent et qui ferment , c’est décourageant, quand on voit le nombre de chômeurs qui traînent dans les rues du matin au soir, c’est décourageant, quand on voit les jeunes qui essayent de se faire une place au soleil et qui ne trouvent rien, c’est décourageant aussi, … souffle
Quand on voit les étrangers, qui sont vraiment pleins de bonne volonté, qui apprennent le français, qui commencent à se débrouiller, qui suivent des formations, et qui ne trouvent rien ou qui trouvent des emplois sous qualifiés par rapport à leurs compétences, c’est vraiment désespérant. Souffle. Tout ça fait que Verviers n’est plus une ville agréable à vivre. Sans compter donc l’aspect propreté qui ne s’améliore pas, loin de là.
La première cause de ces déclins est évidemment économique. C’est sûr que les gens n’ont plus de travail, donc il y a probablement moins d’impôts qui arrivent aussi dans les caisses de la ville, et l’état. Il y a une question d’éducation, certainement, les gens n’ont pas l’air très soucieux de sauvgarder leur environnement. Un manque de fierté , les gens ne sont plus fiers de leur ville. Il est vrai que Verviers a connu son heure de gloire au début du siècle, quand on voit certaines rues qui ont été bâties après 1900, comme la rue des Martyrs, ou la rue de la Concorde, ce sont des belles constructions, on voit que les gens étaient fiers de leur ville. Le grand théâtre a été construit, je crois en 1895, par là, c’était l’époque où Verviers essayait de s’embellir, et même de se montrer plus cossue qu’elle n’était en réalité. Il y avait un petit air vaniteux qu’on retrouve très bien dans des bâtiments comme l’ancienne poste qui est devenue le Forem, et la gare aussi, avec ses clochetons là, il y avait quelque chose de triomphaliste, à cette époque… on a peut-être exagéré, mais maintenant on exagère dans l’autre sens.
Plus personne n’est fier, on a construit n’importe comment, oui … ça je n’ai pas dit… j’ai oublié de signaler que dans les années 70, là, quand on a rénové entre guillemets Verviers, il y a eu des catastrophes, on a démoli de beaux bâtiments, par exemple, tous les bâtiments qui encerclaient la place du Martyr. D’autres ont été chapeautés de buildings, soi disant modernes mais qui sont comme un coup de poing dans l’œil. Le C et A est venu là, alors qu’il n’avait pas du tout sa place là… l’architecture a perdu toute son unité… on a construit n’importe où, n’importe comment, on a fait des rues n’importe comment… quand on voit le boulevard de Gerarchamps, c’est dramatique, il n’y a plus personne qui va se promener là. C’est effrayant il y a un bruit perpétuel du matin au soir. C’était une rue à deux voies, je ne dis pas qu’on y allait pour le plaisir, ce n’était de toute façon pas un quartier très agréable, mais il aurait pu être mieux rénové qu’il ne l’a été, c’est ça que je veux dire.
Il y a des quartiers qui ont quand même été préservés, je pense au quartier des Hougnes, non loin de celui où j’habite maintenant, il a gardé son petit air provincial, relativement calme. A Heusy aussi, il y a encore des rues calmes et sympathiques, à Lambermont, aussi. Oui. Aux alentours de Verviers, je crois qu’il y a encore pas mal de lieux où il fait bon vivre. Mais le centre, ce n’est vraiment plus ça. Ce qui est bien maintenant. Parce que je reviens de la ville maintenant, ce sont tous les piétonniers qu’on est entrain d’instaurer en ville, la rue du Brou et la rue de l’Harmonie, c’est vraiment une réussite. Chapeau à ceux qui ont fait ça. On est entrain de transformer la rue Jardon et la rue Chapuis en piétonnier aussi, je crois que c’est bien aussi. Mais des conséquences négatives de cela, c’est le manque d’emplacements de parking !
On en perd encore toute une volée. Les maigres emplacements qui restent maintenant sont tous payants, extrêmement surveillés ,je dois dire que quand je descends en ville, moi j’ai la peur au ventre. Je mets vite un euro dans le parc mètre, et je reviens au galop tellement que j’ai peur de me faire coller… rires , ce n’est pas agréable !
Mes enfants, j’ai deux fils qui sont de vrais verviétois, et qui ne veulent pas bouger mais l’ainé par contre a pris son envol et habite à Liège et se trouve très heureux d’habiter à Liège. Oui, ce qui crée quand même un esprit à Verviers, c’est Televesdre, et les journaux locaux… qui colportent un tas de nouvelles à mon avis sans importance mais rires , qui créent quand même des liens entre les citoyens. Voilà. C’est une petite ville où on … je ne vais pas dire qu’on se connaît tous, c’est impossible, mais on connaît les gens qui comptent, les gens qui font quelque chose, les nouvelles se colportent vite, avec aussi le côté négatif des rumeurs évidemment mais … ça crée un esprit quand même , une certaine solidarité, l’impression de connaître le lieu où on vit et s’y sentir bien , voilà. C’est plutôt ça. On peut aussi avoir l’impression d’avoir de l’influence, à Verviers, mais je peux vous dire que ce n’est pas vrai. Parce que personnellement, j’ai fait le tour de tous les échevins et les bourgmestres qui se sont succédés à Verviers. J’ai chaque fois été très gentiment reçue, on m’a dit « oui, Mme L, on prend note, on prend note… et je n’ai jamais vu le moindre effet de ce que j’avais demandé. Pourtant j’ai demandé des choses fort différentes, hein, concernant le travail que j’avaais dans les asbl, concernant les sans-papiers, concernant d’autres associations dont j’ai fait partie… on n’a pas l’impression d’être entendus, on n’a pas l’impression que la ville mène une politique volontariste pour vraiment améliorer les choses. Les choses autres que ce qui est directement visible comme des piétonniers, des centres commerciaux, des choses ainsi.
Et c’est pareil, peu importe les majorités au pouvoir. Ils se réfugient toujours derrière l’argument clé : « on n’a pas d’argent »… mais moi je vois très bien que pour certaines choses , on trouve l’argent qu’il faut et qu’il y a des gens qui sont plus favorisés que d’autres. Je suis très déçue de ce qu’on appelle la démocratie à Verviers. Pour moi, c’est un leurre.
Je me souviens aussi, qu’il y a quelques années, du temps où on a travaillé à Grappa, on a été invités à un comité de quartier à Hodimont. C’était l’échevin Malik Ben Achour, on nous a demandé notre avis sur la rénovation à Hodimont, mais … maintenant, il n’est plus là, mais je me demande ce que tous ces plans sont devenus. Je n’ai pas vu se poser la première pierre de ce qui était prévu. Donc on a remué beaucoup d’idées, il a beaucoup de gens qui sont venus à ces réunions là, et puis quoi ? … c’est décevant.
Rebelotte cette année, on nous demande notre avis sur la citoyenneté, donc avec mes étudiantes du niveau trois, on est entrain d’écrire pour la petite revue de Hodimont, on nous demande d’écrire ce que c’est la citoyenneté pour des immigrés , mais de nouveau , qu’est-ce qui va en ressortir ?
Est-ce que ce sera pris en compte ? je n’ai pas l’impression.
C’est très louable, toutes ces initiatives, mais on aimerait bien voir que les choses se concrétisent.
L’âge d’or de Verviers, c’était l’industrie lainière, je crois qu’il nous a laissé un goût amer, parce qu’on est parti d’une ville florissante, qui faisait l’admiration de tous, même au niveau international, parce que j’ai lu un livre écrit par un américain et il cite Verviers parmi les réussites de la Belgique. Parce que la Belgique elle – même a été l’une des grandes puissances économiques au 19ème. Donc ici, je crois que les gens qui ont mon âge doivent être un peu déçus, amers, de voir ce que leur ville est devenue. Les plus jeunes, ils ont pu croire à un renouveau de Verviers lorsqu’on a construit les grands zonings, petit rechain, … et ailleurs et c’est vrai qu’il y a des choses qui fonctionnent encore mais pas assez pour une ville de la capacité de Verviers.
Et les plus jeunes encore, comme mes enfants, ben, pff, ils ont presque intérêt à s’expatrier ou à aller dans une autre ville… !
Il manque d’emploi, de perspectives…
Je me suis toujours déplacée en voiture. Pendant toutes mes belles années, on a peu critiqué le transport en voiture. Oui, on savait qu’il aurait mieux valu prendre les transports en commun mais ils n’étaient pas assez développés. Pendant une année , j’ai essayé de prendre le train pour aller travailler à Liège, mais j’arrivais continuellement en retard, ce n’était pas pratique, quand je devais aller voir mes élèves en stage , de toute façon j’avais besoin de ma voiture. On doit dire qu’on a vécu une sorte d’inconscience collective par rapport à la voiture, tout le monde voulait sa voiture, on est arrivés à avoir deux, voire trois voitures par ménages ! on a exagéré. Mais les pouvoirs publics ont encouragé cela , en créant des routes, à plusieurs bandes, des autoroutes, …
Et aussi en créant des zones d’habitat éloignés de tout le reste, quand on voit le Champs des oiseaux, là, au-dessus d’Ensival, ceux qui n’ont pas de voiture, là ils doivent être malheureux. C’est difficile d’accéder là. Je prends cet exemple là, mais il y en a d’autres, hein, à Jehanster, il y a aussi un lotissement qui est éloigné de tout.
Au point de vue du rayonnement de la ville, on a essayé avec le fameux concours de chants lyriques, mais c’est aussi quelque chose qui est en train de s’éteindre. Mon mari, dans les années 70, a été convié à lancer un festival de bandes dessinées à Verviers et franchement, on avait toutes les cartes en main pour faire quelque chose de très bien, parce qu’il y avait beaucoup de dessinateurs dans la région, et ce festival a eu lieu une fois puis il est mort de sa belle mort, et il a été remplacé par le festival d’Angoulème, qui lui est toujours très connu en France évidemment.
Il y a bien la tarte au riz, mais toute ville a son folklore , … moi ça me fait rire d’ailleurs de voir qu’il y a un échevin qui s’occupe du Tourisme à Verviers, je me dis mais « qui va être intéressé ? »… parfois des petits groupes, vraiment très petits…
Il y a la confrérie Vervi-riz , ça c’est le folklore, mais ça c’est très bien, je trouve qu’il faut faire renaître le folklore, et j’applaudis des deux mains, et ceux qui ont fait renaître le géant Bihin par exemple, mais ça mériterait d’être suivi chaque année, pas tous les deux ans. Ca, ce sont des choses qui peuvent rassembler, bien plus que des Fiesta cité qui n’interessent pas tout le monde ou ce qu’il y a eu lieu une ou deux fois au temps de Noël. C’était … Disney parade… c’était une parade essentiellement publicitaire, du plus mauvais goût. .. pas du tout rassembleuse, enfin… on était là comme de simples spectateurs, qui pouvaient ramasser des caramels mous au mieux.
C’est plutôt le folklore, moi je crois plus au géant Bihain, et d’ailleurs, ce cortège là, il y avait des groupes costumés, des groupes de danseurs, de l’école de Fabienne Henrot, ou d’associations d’étrangers, ça c’est vraiment chouette, il y a des choses à développer. Par contre, Verviers en couleurs,c’est très vite devenu une fête commerciale, il y a eu très vite, même des particuliers, qui plantent leur tente ce jour là pour vendre des merguez. Etc. ce n’est pas ça… on devrait quand même penser que le vervétois n’est pas seulement un consommateur. Il y a autre chose à faire.
Il y a eu une polémique autour de Verviers en couleur, qu’on a voulu appeler « Verviers en fête » oui, je trouve ça tout à fait stupide de même que pour la polémique qui a eu lieu pour les 50 ans de l’immigration marocaine- si on s’attache à des détails comme ça, on va être tout le temps freinés, non non, il faut aller de l’avant et … être plus ouverts.
Je ne sais pas s je peux le dire ici, parce que je suis enregistrée, mais quand je vois le rôle de Daniel Martin au CRVI, c’est lamentable. Il a réussi à diviser tout le monde au lieu de rassembler. Il est bien sûr responsable de ces polémiques. C’est Jacques D qui a lancé la bagarre. C’est lui qui a provoqué Br. Il a répondu, évidemment, il ne se laisse pas faire. J’ai fait partie d’ATTAC, pendant qq années à Verviers, qui était le modèle même du mouvement citoyen, mais on a perdu le Président qui était très dynamique, qui a trouvé un emploi à Herve. Et voilà, au bout d’un an, ce mouvement là est mort, de même que le Forum social, qui avait été créé dans la foulée « Porto Allegré » …
C’était aussi proche d’Attac, finalement, et la fin est souvent l’affaire d’un Président qui mène un groupe.
L’immigration est mal gérée à Verviers, ce n’est pas bien géré du tout… je suis allée en décembre voir l’échevine de la cohésion sociale et je suis allée lui porter une liste d’une série de petits faits, de paroles que j’avais récoltées durant les cours, en dehors de cours, et qui provoquent un effet ghetto. Elle a été effarée par tout ça, elle a dit qu’elle viendrait voir le président, elle n’est jamais venue, … le cours de français entre temps a été supprimé par l’asbl et j’ai bien l’impression que l’année prochaine, on entendra plus parler un seul mot de français dans les rues que je fréquente actuellement. Et le fondamentalisme prend de plus en plus d’importance. Je le constate tous les jours. J’ai des élèves qui disent ouvertement qu’elles veulent imposer la charia en Belgique. Et c’est bien sûr parce qu’on a pas géré cela. On a géré l’aspect économique, avec le cpas mais l’obligation de suivre des cours de français date d’un an, seulement… et pfff … et elle est suivie ou pas. Je parlais de la polémique lancée par Jacques Destordeur et D Martin, elle a fait en sorte que plusieurs asbl n’osent pas déclarer qui est inscrit chez elles , et donc il n’y a pas de contrôle, en vérité. Mes étudiants sont soi-disant contrôlés mais j’ai remarqué que là aussi, il y a toute une gamme de contrôles, il y a des gens qui sont hyper contrôlés, qui doivent tout le temps fournir des preuves non seulement tous les mois , mais en + de leur inscription qui date d’un an, voire +, et puis à côté de cela, il y en a qui sont tout le temps absents, on le voit sur leur attestations, mais ils ne sont pas inquiétés … donc je suppose que ceux-là ne sont pas contrôlés ou en tout cas pas sérieusement.
Je trouvais que c’était une bonne idée, ce contrôle, comme en Flandre. Si ça réussit chez eux, pourquoi est-ce qu’on ne s’en inspire pas ?
Mais je m’aperçois que l’obligation ne suffit pas. Il faut en plus que les cours soient de qualité et en quantité suffisante. Moi j’ai toujours donné six heures par semaine mais je m’aperçois que c’est trop peu. J’aurais voulu consacrer le mercredi matin au français oral. Donc au lieu d’avoir 6 heures par semaine, en avoir 8. Mais je n’ai jamais obtenu les subsides pour organiser ça. Ce n’est pas avec des bénévoles qu’on peut faire ça.
Il n’y a pas de réelle volonté de créer des cours de français suffisants avec du personnel de qualité, il faudrait au moins des enseignants, des instituteurs, des régents mais ce n’est pas ça qu’on voit dans les asbl.
Chaque fois que je vois dans des réunions, je suis écœurée, j’entends des énormités sur le plan pédagogique, des gens qui n’y connaissent rien du tout… qui viennent du Forem, ou qui viennent d’autres secteurs… des logopèdes, … des éducateurs, ça va encore, ils sont plus proches de nous…
C’est très rare qu’on rencontre des enseignants, dans ces milieux là, ce sont des gens qui pensent que parce qu’ils parlent français, ils sont capables de l’enseigner. Ils ne sont pas capables d’établir une progression pédagogique.
Ils font n’importe quoi ils mélangent modes et temps, etc je suis dégoûtée de travailler avec ces gens-là. Monsieur Breuer est conscient de cela, il a été enseignant. Il a essayé de créer l’année dernière, un appel à projet, j airépondu à l’appel. Il m’a félicitée pour l’aspect pédagogique mais pas pour l’aspect financier… rires. C’était beaucoup trop cher évidemment, je demandais d’engager du personnel, je demandais des locaux.
Donc tous les gens qui ont de bonnes idées sont dépassés. Ils sont dépassés par l’aspect fin qui ne suit pas, la RW n’aide pas, et dépassés par l’incompétence générale, on peut le dire.
Toutes les polémiques autour du voile et qui font parler beaucoup, ce n’est rien à côté des discours haineux que l’on peut entendre dans certains milieux… il y a des gens qui veulent instaurer des lois comme en Arabie Saoudite. C’est là qu’il faut agir. Le foulard, ce n’est rien du tout, ce n’est qu’un ustensile parmi d’autres et qui à mon avis jouit d’un effet de mode. Il y a 20 ou 30 ans d’ici, on ne voyait pas de foulard dans les rues et je suis à peu près persuadée que la génération suivante va bannir le foulard aussi. Ça aura été une vague passagère, mais sous cette vague , il y a des idées pernicieuses qu’il faut combattre. C’est ça qui mine vraiment le vivre-ensemble. Ne pas gérer, c’est laisser gérer d’autres. Bien sûr. D’autres gens tirent les marrons du feu.
On ne peut plus parler d’extrême droite en Belgique, les mouvements n’existent plus mais les idées d’extrême droite persistent et font leur chemin. .. hein. On en voit de temps en temps sur Internet , par exemple, … on voit que c’est toujours vivace. Mais l’extrême droite n’est pas seulement chez les européens, hein, on voit l’extrême droite chez les musulmans aussi. Tout ça mine vraiment la cohésion sociale.
Je parlais du cours de français parce que j’y suis impliquée mais il n’y a pas que cela, il y a l’éducation à la diversité, il y a plein de choses à faire.
A l’époque de tous les changements, on voyait cela de façon euphorique, on se disait « ah, c’est bien , on revigore, on modernise, on voit plus de logements sociaux, … » ma belle mère vivait dans une vieille rue de Verviers, la Rue des Souris, elle était quand même un peu réticente, parce qu’elle voyait qu’on démolissait des pans entiers de quartiers qu’elle avait connu. C’est vrai que pour des personnes plus âgées , ça ne fait pas forcément plaisir. Ceci dit, quand je vois tout le quartier de la rue Secheval qui a été rénové , je trouve que c’est une réussite. Il n’y a pas eu que des catastrophes, je pensais surtout au centre ville, qui a été complétement défiguré.
Dans les années 70 ça a été pour tout le pays et dans toute l’Europe, je crois que la grosse crise pétrolière, ah oui , j’aurais du signaler aussi, il y a eu les dimanches sans voiture, ça a été un grand plaisir, quand on est revenus d’Algérie en 1973, de vivre les dimanches sans voitures, c’était d’un calme, on se promenait au milieu des rues, j’avais justement eu mon premier bébé à ce moment là, c’était vraiment bien. C’est dommage qu’on ne le fait plus d’ailleurs. Ça n’a pas été poursuivi. C’était surtout pour une question économique, surtout, on a eu peur de manquer d’essence.
J’ai sillonné Verviers dans tous les sens. Avec mon travail dans les associations et pour aller voir mes élèves en stage. Au niveau des loisirs, je suis allée de longues années à la piscine de Verviers. Oui au niveau des infrastructures sportives, je trouve qu’on n’a pas vraiment à se plaindre. Hein, il y a le stade de Bielmont, qui est en bon état, le jogging de Verviers qui a lieu chaque année, mes fils y ont participé plusieurs fois c’était très bien organisé.
Sur le plan sportif, on a un grand choix, j’ai un fils qui a fait de la boxe, un autre du foot, un autre de l’athlétisme. Non, c’est le plan culturel qui est en déclin. Pourtant, avec la création de l’espace Duesberg, il y a de belles choses qui sont organisées. À l’époque j’allais régulièrement au théâtre, aujourd’hui, il n’y a plus beaucoup de choses intéressantes. Je suis allée deux années de suite au concert philarmonique de Liège. Ça existe toujours d’ailleurs. Il y n’y a pas si longtemps, il y a une dizaine d’années.
La fusion des communes a changé le paysage à Verviers, il y a plein d’hotels de ville qui ont disparus, enfin ils sont toujours là parfois, ou ils ne servent plus à rien, ou ils sont reconvertis.
Le territoire était plus quadrillé, hein, on savait, par exemple, qu’on passait de Verviers à Ensival.
On le savait, les gens s’appelaient « ensivalois » etc. c’était autre chose.
Dans les années 70, les caves de ma belle mère ont été inondées, mais c’était moins spectaculaire que dans les années 50. C’était vraiment un torrent.
Les deux piliers de la place verte, c’était le Grand Bazar et l’Innovation, je passais des heures, je dirais bien merveilleuse, quand j’étais petite fille et adolescente… on trouvait tout ce qu’on voulait dans ces grands magasins là. (Rires) aujourd’hui ce sont des petits commerces d’indépendants, non. Ça n’a plus le cachet du Grand Bazar… tu savais qu’au rez-de-chaussée, par exemple, tu trouvais, les friandises, les détergents, les produits de beauté, … au premier, tu avais les tissus, puis les jouets, et chaque étage avait sa spécificité.
On trouvait vraiment tout ce qu’on voulait. Je me rappelle quand je me suis mariée , je suis allée au Grand Bazar, j’ai trouvé tout ce qu’il fallait, comme essui, comme nappe, quand on est revenus d’Algérie, on a acheté des meubles, etc. qu’on a achetés pas très cher évidemment, c’étaient des meubles de grande surface, mais … on trouvait tout ce qu’on voulait.
Mon mari devait soit faire son service militaire, soit
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